Après deux premiers épisodes pour se mettre un peu en jambes, voici un troisième opus terriblement plus convaincant avec un Tai Kato qui chiade chacun de ses plans. Dès la séquence "d'ouverture" (juste après le générique, pour être pointilleux, et après une courte scène introductive où la Lady vole au secours d'une gamine aveugle à deux doigts de se faire écraser par un train) - exit la présentation sur fond rouge un poil artificielle de Lady Yakuza -, on sent que Tai, au diapason avec son héroïne qui décline son identité pour être accueillie parmi ce nouveau clan, met superbement les formes pour nous introduire en douceur le personnage phare de la série. Adepte des gros plans sur les visages qu'il sait magnifiquement cadrer en scope, Tai Kato livre une partition irréprochable du début à la fin sans avoir besoin pour cela de tomber dans l'esbroufe : des scènes de combat limpides - qu'il s'agisse de Lady Yakuza, dans sa fameuse position de mante religieuse, qui lamine ses proies, d'un duel sobrement exécuté ou de l'incontournable affrontement final superbement chorégraphié -, une image verdâtre vintage qui donne un superbe cachet à l'épisode, une magnifique rencontre amoureuse dans un décor sous un pont absolument somptueux qu'il pleuve ou qu'il neige, deux-trois apparitions de Tomisaburo Wakayama qui retrouve (après une direction d'acteurs ridicule dans le second tome) toute sa drôlerie et sa prestance... bref un troisième opus qui nous en donne vraiment pour notre argent.

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Lady Yakuza rentre donc au service d'un chef de clan digne et honnête : Teijiro Sugiyama (charismatique Kanjuro Arashi), vieillard au visage fermé et à la chevelure chenue tirant sur le jaune paille, lui donne toute sa confiance. Notre héroïne va jouer comme d'hab les bonnes samaritaines en cherchant à aider une femme qui a pourtant tenté d'usurper son identité (la mère de la chtite aveugle): celle-ci, tricheuse au jeu, a nui à sa réputation. Cela n'empêche point notre Lady de se montrer pleine d'empathie et de la remettre sur le droit chemin. Notre joueuse lui rendra la monnaie de sa pièce en libérant, au prix de sa vie, le fils de Teijiro, Jiro, aux mains du clan ennemi. Lady Yakuza va une nouvelle fois tenter d'agir pour la bonne cause en favorisant la fuite de Jiro avec sa jeune bien aimée, Otoki (Junko Toda, magnifique poupée de porcelaine), fille du boss du clan ennemi promise à un homme influent (ah ben oui, personne n'a dit que l'intrigue était simple). Enfin, elle rencontre un type couillu, Shogo Hanaoka (l'excellent Ken Takakura) qui, bien qu'il bosse au départ pour le clan ennemi, va se révéler un fidèle allié auprès de notre héroïne : les deux se retrouveront côte à côte dans la séquence finale pour aller péter la gueule au chef félon de ce même clan (une arrivée dans l'antre du méchant filmée, exceptionnellement, en caméra portée qui déchire sa mère). Bonne nouvelle - le signe indien est rompu -, Shogo, son nouveau cavalier servant, s'en sortira indemne... M'est avis qu'on devrait le retrouver...

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La première fois que Lady Yakuza croise ce Shogo, on assiste au classique échange de parapluie - qui fait écho à un passage du second opus : on suit ce passage "de témoin" en gros plan, la main de la Lady tendant le manche à celle de Shogo - on sent qu'il y a de petites étincelles dans l'air... Plus tard, le gars Shogo, qui a le sens de la drague (...), commentera en ces termes cette rencontre : "la chaleur de votre main sur le manche m'a fait penser à celle de ma mère, que j'avais oubliée... (nom de Dieu, où vont-ils chercher des répliques pareilles ?); beaucoup aimé également la petite phrase de Shogo lorsqu'ils se retrouvent plus tard (Shogo étant alors censé arrêter la Lady qui s'est barrée en calèche - autre séquence filmée au taquet - avec les deux jeunes amants fuyards): "Je vais devoir user de la violence : attention! je vais sortir ma lame (...), dit-il" - notre Lady sort alors sa dague et Shogo de remettre son matos dans son fourreau, décidant finalement de fermer les yeux sur l'escapade (hum, hum, c'est po net tout ça...). Tomisaburo Wakayama revient donc également en pleine bourre - il a la main bandée... en souvenir de la dernière fois (dans le second opus) où la Lady lui a donné sa main sur la plage ("Pour garder le parfum !" - énorme). Il saura se montrer décisif en crucifiant la main d'un tricheur (lors d'une partie de cartes cruciale où la Lady joue gros) avant de nous gratifier d'une petite pirouette pour effectuer une prise dont il a le secret : une poignée d'homme s'étant jetée sur lui, il les massacrera à la régulière. Des plans tatami de la plus belle eau, des cadres, qui jouent avec la profondeur de champs, avec des individus placés au millimètre - sans jamais que cela paraisse figé -, une direction d'acteurs impeccable, franchement, totalement sous le charme de ce troisième volet vraiment maîtrisé. La mauvaise nouvelle, c'est que Tai Kato laisse la place pour les deux prochains épisodes (mais bon, sait-on jamais...); la bonne c'est qu'on le retrouve pour le sixième et septième épisode. La série est vraiment lancée, m'en voilà bien content.