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Petit film d'espionnage, sur fond de Seconde Guerre Mondiale, avec un Gary Cooper grande classe, qui bifurque bizarrement en son tiers en une sorte de romance (l'élue étant une Lilli Palmer italianisée) avant d'accélérer sur la fin pour livrer son lot de scènes d'action pleines de "suspense"... Cette "suspension" soudaine de l'action, au détriment d'un petit jeu du chat et de la souris entre nos deux héros (et le chat, protecteur, de prendre sous sa patte, sans griffes, cette petite souris toute stressée devenue câline) est un peu surprenante en soi, faut reconnaître... Une parenthèse, en fait, qui n'a d'autre but que d'imposer l'image de ce Ricain en personnage salvateur et porteur d'espoir... C'est un peu convenu, certes, au niveau du fond, mais Lang sait nous gratifier en cours de route de quelques séquences subtilement mises en scène (utilisation diabolique et jouissive des miroirs notamment) qui relèvent indéniablement l'intérêt de cette oeuvre un peu oubliée dans la filmographie du maître.

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Gary Cooper, prof de physique en université, se voit offrir l'opportunité de devenir un espion à la solde de son pays; sa mission : partir en Suisse pour prendre contact avec une chimiste hongroise pour savoir où les Allemands en sont au niveau de leurs travaux sur la bombe atomique. Cette piste le mènera ensuite en Italie sur les traces d'un autre savant, prêt à s'enfuir avec lui aux Etats-Unis si les Ricains assurent la protection de sa fille aux mains des fascistes. Lors de ce petit voyage en Italie, notre Gary fera la connaissance d'une Italienne un poil sauvage et revêche à laquelle il va peu à peu redonner "goût à l'amour et la vie"... Trop fort le Gary !

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Même si cet apprenti espion jamais à court d'argument pour la bonne cause ("A free science in the service of the humanity can be the only good science" - c'est beau) et bilingue (Gary Cooper, en pseudo docteur allemand, le visage fermé et raide comme un piquet est assez poilant...) n'est po toujours ultra crédible - il a dû prendre des cours de karaté dans l'avion, ou alors faut vraiment se méfier des profs de physique... -, on prend tout de même plaisir à suivre la trace de cet éternel et habile séducteur toujours classieux. Il faut le voir se jouer (la petite pièce qu'il lance dans sa main) d'une espionne ricaine bossant pour les Boches ou encore convaincre ce savant atomiste de rallier les Ricains (Cooper s'interposant devant un tableau de 2dryvyuMussolini et dominant de façon protectrice ce savant tout fébrile et paniqué filmé en plongée). Le jeu avec les miroirs lors de cette longue parenthèse avec cette résistante italienne - les deux se retrouvant confinés dans un appart en attendant les ordres - est, tout autant, joliment orchestré : l'Italienne est en façade farouche et sans affect, mais son personnage, sous l'influence rassurante du Gary, va peu à peu s'ouvrir, se "dédoubler", faisant resurgir son vrai visage;  profondément meurtrie par la guerre, elle va retrouver une certaine sérénité et son sourire, le gars Gary se révélant un véritable ange-gardien (l'image, reflétée dans un miroir, du Gary (assis sur un sofa), qui veille patiemment sur cette créature étendue dans son lit; une séquence qui fait d'ailleurs écho à celle où l'image (dans un miroir) du "contact" de Gary en Suisse - l'agent en charge de ce débutant - domine notre héros : Gary vient de faire une boulette et reçoit une petite leçon de ce "conseiller" qui se fait rassurant). Lang s'amuse également à reprendre - véritable clin d'oeil malicieux à M le Maudit -, lors d'une séquence pleine de suspense et subtilement montée (mais où cette fois-ci l'enfant n'est point la victime), l'idée d'un petit ballon qui roule... On pourrait également évoquer, sur la fin, les blessures en forme de larmes sur le visage de notre Gary, personnage qui s'est considérablement endurci dans l'aventure - bon, cette dernière idée peut sembler un peu facile, mais il n'en demeure pas moins que ces multiples petites trouvailles visuelles finissent par faire plaisamment passer un scénario un poil attendu.

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