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Federico Fellini sent bien que le monde part en sucette et signe une oeuvre en forme de véritable hymne à la stupidité de l'ogre télévision et l'omniprésence des annonceurs dans le domaine de l'agro-alimentaire. La société de consommation porte bien son nom, y'a pas à tortiller. Placards publicitaires énormissimes qui s'étalent en ville, gigantesque pied de cochon pendu au toit de la gare, pasta géantes et moult cochonnailles que vantent des femmes aux poitrines opulentes et à la bouche carnassière, tout cela pue le mauvais goût, à l'image de ces monceaux de détritus fumant qui ornent les trottoirs de la ville; il faut avoir l'innocence et la naïveté de Giuletta Masina, qui a gardé malgré les rides sa bille de clown, pour continuer à sourire devant cet étalage de vulgarité. Elle retrouve pour un ultime tour de piste Marcello Mastrioanni qui a perdu de sa superbe, à l'image de son crâne dégarni; mais ces retrouvailles teintées de sentimentalisme semblent bien tout ce qui reste d'humanité dans ce monde qui se vend, s'affiche, se prostitue même, disons-le, au petit écran.

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Si Sordi faisait un bras d'honneur dans I Vitelloni aux travailleurs, cette fois-ci c'est Mastroianni qui s'y colle en s'adressant aux drogués de la télévision. Le spectacle qui se joue dans les coulisses ou sur le plateau de cette émission n'a en effet pas grand chose de vraiment reluisant. Comme le dit Mastroianni, l'homme descend véritablement du singe, sauf qu'il a perdu l'instinct. La société du spectacle fait feu de tout bois : on est constamment dans l'excès et les records à la con (le groupe du musique le plus âgé ou le plus petit du monde, les vieillards ou les nains n'ayant d'existence que par rapport aux chiffres), la créativité a disparu et laisse sa place aux imitations (le sosie de Marcel Proust ou de Clark Gable, diable), le malheur des personnes kidnappées est donné en spectacle (ça marche encore...). C'est tout un fourbi, un amalgame de paillettes qui se croisent en coulisses avant d'être données en pâture sur le plateau sous le nez de spectateurs qui applaudissent comme des moutons. A l'image de cette immense tour à côté des studios qui répand sa lumière sur le monde alentour, chaque individu est cerné par les feux de cette industrie publicito-télévisuelle et se retrouve aveuglé comme des papillons dans la nuit.

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Certes le couple vieillissant de Ginger et Fred apparaît un poil pathétique dans ce monde où les présentateurs se permettent de demander l'âge de Masina pour qu'elle s'attire plus d'applaudissements. Mastroianni est à deux doigts de l'apoplexie en répétant son numéro dans un couloir de toilettes et se vautre sur scène en effectuant son numéro de claquettes; ces danseurs grippés n'ont plus vraiment leur place dans cet espace télévisuel parfaitement huilé et totalement mécanisé mais bénéficient tout de même d'un superbe instant de répit lors de la coupure générale d'électricité - comme si la télé, d'après les mots de Mastroianni, n'était en fait qu'un immense colosse au pied d'argile - sans les spotlights, tout disparaît en un clin d'oeil. Joli moment d'intimité où Ginger et Fred se font l'impression d'être des fantômes qui n'ont plus vraiment leur place dans cette époque, un couple mythique dont le souvenir semble peu à peu s'effacer des mémoires. Même s'ils rayonnent lorsqu'on leur demande dans la séquence finale un autographe - la télé rend vite populaire -, ils finissent par disparaître dans la nuit chacun de leur côté comme si toute magie avait finalement disparu. Nostalgique, le père Fellini, sûrement, mais avec toujours une pointe d'ironie mordante et un évident sens du rythme - avec, pratiquement constamment, trois mille figurants en piste... - qui permettent de faire oublier l'absence de réel fil narratif.  Allez encore deux ultimes tours de piste et le Maestro pourra tranquillement tirer sa révérence devant ce monde qui n'est définitivement plus le sien. 

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