ballon

Le cinéma de Hou Hsiao-Hsien n'est pas du cinéma. Ou il est l'essence du cinéma. Et vu cette intro, je regrette déjà les 38 litres de bière d'hier soir. Hou Hsiao-Hsien ne cherche en rien à faire un remake du film de Lamorisse qu'il a découvert en préparant le film - Simon, l'enfant du film, est d'ailleurs beaucoup plus passionné par sa Playstation que par ce ballon qui vient fréquemment taper à sa fenêtre; en reprenant le motif du ballon rouge, il s'agit uniquement pour HHH -à l'occasion de ce film réalisé pour le 20ème anniversaire du Musée d'Orsay- de faire une sorte de lien entre passé et présent, le cinéaste taïwanais n'étant jamais intéressé que par le Temps qui est passé, qui passe, qui passera - trois fois... Du musée d'Orsay, comme il le dit dans l'interview ultra mal montée des bonus, il n'a finalement gardé que l'immense pendule de cette ancienne gare... et Le ballon ou coin de parc avec enfant jouant au ballon, le tableau de Félix Valloton : on retrouve certes le même objet (ah ouais d'accord!) mais surtout cette notion que l'enfant et les deux adultes en arrière plan semblent dans deux mondes différents, tout en faisant partie de cette même image très "à plat"; les personnages de Hou Hsiao-Hsien font partie du même monde, sont filmés dans le même plan-séquence, tout en semblant évoluer dans différentes sphères : l'ultra-speed Juliette Binoche (sûrement l'un de ses meilleurs rôles à ce jour, franchement), le tranquillou Simon et la zen Song cohabitent tout en ayant leur propre rythme; la seule chose qu'ils semblent véritablement partager, c'est l'absence de leur "monde passé" : le gamin joue au flipper ou se rend au parc, en souvenir des ballades avec son père; Juliette Binoche s'occupe de marionnettes en souvenir de son grand-père et souffre constamment de l'éloignement de sa fille et de son ex-mari qui l'ont "abandonnée"; quant à Song, loin de son monde d'origine, elle traverse ce monde parisien "en aveugle" à l'affût du moindre petit signe familier.

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Si l'intrigue peut sembler parfois un peu lâche (lâche, lâche!), c'est parce que l'ami HHH laisse respirer profondément chacun de ses plans, donnant vie à des personnages qui ne sont point des marionnettes : Juliette Binoche, on l'a dit, est aussi à l'aise qu'un poisson dans l'H2H, endossant à merveille le rôle de cette femme toujours pressée : une fuite en avant, comme pour stigmatiser tous les pans de son passé qui lui échappent. Cette "ballade parisienne" demeure avant tout un voyage en HouHsiaoHsienie qui use jusqu'à la trame et s'amuse sur tous les "plans" de la notion du temps qui passe... Horloge, Dieu sinistre... 

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