f13_15_82On est sans arrêt partagé entre la franche rigolade et la totale consternation à la découverte de ce film de série Z', naviguant le cul entre deux chaises : est-ce une grosse farce à prendre au 8ème degré, comme semble l'indiquer le prologue taquin ? Ou est-ce un infâme essai de SF fauché et kitsch qui se prend pour 1984 ? Pour ma part, j'ai choisi la première option, celle du bidonnage, et j'avoue que j'ai été servi.

Le scénario est proprement inrésumable, et accumule tous les poncifs de la SF grande école : en gros, une brutasse couillue (Sean Connery) découvre que le Dieu en lequel il croyait f13_15_42(Zardoz) est en fait un leurre dirigé par une élite intellectuelle pour asservir le peuple, cette élite se trouvant elle-même manipulée par une boule de cristal qui parle. Vous me suivez ? Moi non plus, et ce n'est que le début d'une histoire impossible : on dirait que Boorman a voulu résumer en 1h40 tous les romans de science-fiction des années 50-60, ce qui fait beaucoup. En fait, on a plus l'impression que c'est le dealer de Boorman qui lui a directement inspiré ce film, tant tout est résolument barré. On passe de consternation en affliction, à la découverte des aventures d'un Sean Connery enfermé dans un monde psychédélique que n'auraient pas refusé les Pink Floyd en fin de soirée.

Finalement, c'est plus au niveau de l'esthétique que le film est intéressant. Attention, c'est d'une laideur f13_15_9insigne, d'un mauvais goût poussé à l'extrème, mais c'est aussi un beau résumé des motifs hippies de l'époque : libération sexuelle (nombreux plans sur des poitrines plantureuses), émancipation de la femme (Charlotte Rampling en harpie SM), retour à la religion (bon, là, on a foi en Zardoz, contraction de Wizard of Oz, c'est pas très sérieux), et surtout goût pour l'hallucination collective et les mondes parallèles. Constamment sous acide, Zardoz semble être le résultat d'une de ces expériences mystico-nazes des années 70. Il faut de toute façon être bien attaqué pour supporter le personnage de Connery : short rouge, poitrine velue, les jambes constamment écartées pour laisser la place à son appendice viril de toute évidence très développé, un air ahuri, on a mal pour lui mais on rigole bien. Il a l'air absolument affligé devant l'indigence de la plupart de ses scènes (parler à un bout de verre, s'enfuir dans une pièce recouverte de miroirs, tirer une charette en émettant des borborygmes... si on se souvient que ce mec a fait aussi un Hitchcock, on pleure un peu), et on est un peu comme lui : une fois qu'on a compris qu'on n'est pas dans un film des Monty Pythons, on souffre en attendant la fin. Zardoz est de toute façon à voir, ne serait-ce que pour y croire.

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