mitt_liv_som_hundBon alors là attention : je sais pertinemment que je m'attaque à un film qui, dans l'imaginaire parfois déviant de mon éminent camarade Shang, représente quelque chose comme un mythe fondateur, une pierre de touche, une formule mystérieuse, un sine qua non. Loin de moi, donc, tout sarcasme : on a tous nos amours cachées (pour ma part c'est Mission to Mars, c'est vous dire), c'est ça qui fait la beauté du cinéma, c'est des histoires de rencontres entre une émotion E au moment T, et je ne reprocherai jamais à mon copain shanghaien de vouer un culte personnel à Ma Vie de Chien...

Simplement, je ne comprends pas. C'est un petit film tout mignon, gentiment doux-amer, rigolo de temps en temps, tout triste quand il faut, où on croise des toutous affectueux, des tontons bienveillants et des petites filles mutines. Mais pour moi, ça ne va pas plus loin que ça, pas plus loin que la masse de films traitant de l'enfance avec une larme nostalgique au coin de l'oeil. Comme d'habitude, l'enfance est sur-Dogsacralisée au nom d'une innocence perdue ; comme d'habitude, on apprend que la vie est parfois dure, mais qu'on s'en sort quand même vaille que vaille. Comme d'habitude, on a droit aux premiers émois sexuels, aux confrontations têtues avec le monde des adultes, à ces personnages légèrement fêlés et attachants à partir du moment où ils rentrent bien dans le moule pré-établi des "personnages pleins de fantaisie" (ici, un vieux qui retape son toit ou une bimbo de petite vertu), et surtout à ce gamin craquant sur lequel on fait peser toute les ch'tites misères de cette chienne d'existence. Ingemar n'a pas de chance : maman est malade, on lui vole son chien, et son frère est pas cool ; mais au cours de vacances, il découvre tout un monde merveilleux fait de parties de foot, de rigolades avec le tonton fantasque et de matches de boxe pour rire avec le garçon manqué.

ingemar__r_tillbaka_215588wVision angélique d'une enfance banale, que Hallström tente de doper en parsemant son histoire de drames attendus (la mort de maman) ou de pensées philosophiques du fiston (il faut relativiser, y a pire dans la vie, par exemple le gars qui s'est pris un javelot dans la tête alors qu'il faisait son footing). Bon. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir des envies un peu plus ambitieuses quand je vais au cinéma, mais je reconnais que Ma Vie de Chien ne mange pas de pain, ne fait pas de mal non plus. C'est juste inconséquent, quasi-inexistant et pastel à mort. Pas vraiment mis en scène, tout juste écrit, dirigé au plus court, ça passe le temps, et puis voilà. On ressort de là ni joyeux, ni en colère, ni intrigué, ni révolté, ni dynamique, ni ému, ni heureux ; on ressort de là. Désolé, camarade, mais cette nouvelle vision n'a pas éclairci le pourquoi de ton culte. Mystère des émotions cinéphiles...