18765007_w434_h_q80Valéria Bruni-Tedeschi fut une grande actrice il y a une dizaine d'années. Elle avait trouvé à cette époque un jeu résolument original, qui se servait du burlesque pour exprimer la dépression, qui explorait un jeu physique et presque distancé à force d'être sincère. L'inconvénient, c'est qu'aujourd'hui, c'est devenu un système. Elle est très mauvaise dans Actrices, parce qu'elle met son point d'honneur à affirmer ce jeu plein de minauderies au moment où on a justement envie de la voir évoluer. Ce qui était naturel naguère est devenu un calcul, et ce personnage de femme perdue devient très agaçant, jamais touchant. D'autant qu'en face d'elle, elle a choisi des acteurs qui, pour le coup, n'ont pas de leçon à recevoir niveau burlesque, et elle en ressort vaincue par KO : Amalric, toujours énorme, amène son dandysme dépressif avec une drôlerie impeccable ; Louis Garrel, insolent et ténébreux, devient de plus en plus immense (il est capable d'être hilarant en restant une bonne minute simplement immobile à se ronger les ongles après avoir pris une veste) ; Lvovsky surjoue à fond la femme avide de renouveau, et on y croit pourtant dur comme fer.

18844557_w434_h_q80Mais comme c'est Valeria l'héroïne, une bonne partie du film est gâchée. En plus, le scénario est franchement peu captivant : les affres d'une comédienne approchant la quarantaine et n'ayant toujours pas d'enfant (ni d'amoureux), et qui se pose des questions existentielles (sur son métier, sur sa mère, sur les hommes, sur la vie), c'est pas non plus d'une originalité mirobolante. Les dialogues, souvent sur-écrits, tombent à plat, le montage amène un aspect morcelé à cette histoire, comme une suite de sketches. C'est trop long, un peu scolaire (pas mal de lourds symboles, comme le personnage de la pièce de Tourgueniev qui poursuit son interprète dans les coulisses du théâtre, ou cette leçon de natation en musique), et ça se résume souvent à un chassé-croisé amoureux aussi captivant qu'un téléfilm bas de gamme.

18844554_w434_h_q80Pourtant, il y a un beau regard de metteur en scène, qui fait rêver d'un film de Bruni-Tedeschi SANS Bruni-Tedeschi. La caméra est souvent inventive, même si elle reste discrète, sur tous les longs travellings latéraux qui restent au plus près des acteurs, sur cette façon de faire rentrer les personnages dans des angles d'écran inattendus. L'utilisation de la musique étonne aussi, dans le bon sens (belle scène de baise entre Amalric et elle, où la musique passe devant les dialogues et les bruits). Et puis il y a une magnifique façon de filmer le théâtre : toutes les scènes de représentation théâtrale vont systématiquement à l'encontre de ce qu'on pourrait attendre, et la mise en scène déploie des axes très forts entre les comédiens, en les inscrivant de plain-pied dans le décor de la scène, en plaçant le spectateur sur le plateau, pour mieux laisser s'épanouir la finesse des rapports entre les personnages. On sent que le passé théâtral de Bruni Tedeschi lui a laissé quelque chose de précieux dans le regard (merci Chéreau). Il y a enfin quelques scènes de pure fantaisie, où la réalisatrice abandonne son scénario usé, pour laisser parler son ton très personnel, comme dans cette scène magique où les acteurs sillonnent la scène dans tous les sens, en musique, arrêtés par les limites de l'écran autant que par celles du plateau. Quand elle sait suspendre ainsi le temps, Valeria est enfin touchante. Pour le reste, c'est un râtage.