El_ojo_sobre_el_pozoContrairement à Chris Marker qui fait la part belle à la voix-off (et quelle voix-off), van der Keuken fait confiance dans ce documentaire filmé en Inde, à Kerala, à la toute puissance émotionnelle de ses images ; à l'image, justement, de cette ultime séquence sur un visage qui passe en un clin d'œil d'une expression à une autre, l'homme étant lancé dans une chanson envoûtante (genre de taratatatigada mais en indien), le documentaire présente un kaléidoscope de personnages, artistes et jeunes amateurs en répétition (danse, théâtre, arts indiaux (...)), collecteur d'argent qui se révèle finalement banquier improvisé en train de faire sa tournée (du gars qui te roule une clope en 12 secondes à des souleveurs de pierre, en passant par le projectionniste et le prof du coin - belle séquence où les enfants écrivent dans le sable - tous se fendent de deux ou trois roupies), mendiants, visages de sages hypnotisés ou de bombes indiennes qui se cachent dans l'embrasure d'une porte... Il semble un peu laisser vaquer sa caméra au gré de ses rencontres ou des petits instants qu'il capte (passages difficiles de petits ponts de bois qui ne tiennent plus guère ou pieds qui se croisent en espadrille sur un trottoir) mais sans artoff169jamais venir interrompre le flot de la vie qui passe ; c'est justement là sûrement que réside tout l'art d'observateur de van der Keuken qui laisse sagement les images parler à sa place ; on peut certes lui préférer des reportages avec des angles de vue plus personnels, ou disons plus "sélectifs", mais n'est-ce pas justement tout le don d'un reporter que de s'effacer complètement derrière son sujet pour lui laisser sa vivacité naturelle, son propre rythme ? (vous pouvez répondre, bien sûr) - loin d'être si évident quand on y songe, surtout avec une telle sensibilité.