soleil8Autant j'ai été moyennement convaincu par l'aspect foutraque de Pas de Repos pour les Braves du même Guiraudie, autant ce précédent moyen métrage est très réjouissant. Résolument en-dehors de tout carcan artistique, en marge de toute référence cinéphilique (allez, peut-être une admiration larvée pourdu_soleil_pour_les_gueux John Ford, à cause des ciels et du goût évident du gars pour le western, mais c'est très discret), Du Soleil pour les Gueux brandit vaillament et humblement son originalité par des biais inattendus : un aspect littéraire hilarant dans les dialogues (de l'invention d'un vocabulaire nouveau aux noms des personnages, de l'utilisation récurrente de formules grammaticales oubliées à une construction verbsoleil2ale parfaite dans ses rythmes) ; une direction d'acteurs à mi-chemin entre la diction appliquée d'un Rohmer et les accents d'un Guédiguian, complètement inouïe dans son faux amateurisme, là aussi très drôle dans ses liens avec le théâtre rural amateur ; un sens du cadre imparable, qui montre la nature avec une grande invention (causse rugueux, petits chemins tortueux...) ; une mise en scène parfaite, consacrée la plupart du temps aux plans larges inscrivant des dialogues à rallonge dans un immense paysage, partageant soleil9systématiquement l'écran entre ciel et herbes jaunâtres ; scénario improbable, qui tient par on ne sait trop quoi, et qui privilégie la poésie pure, le surréalisme, l'absurde, la fantaisie, aux dépends de la bête logique...  On ne sait strictement jamais quel sera le prochain plan, la prochaine idée de scénario, et ça fait vraiment plaisir de se laisser emmener doucement par la main dans ce dédale absurde. On est finalement complètement convaincu lors de ce plan sidérant montrant en scope un 1chasseur de prime courant après un bandit de grands chemins, cadre sublime, rythme parfait, drôlerie de l'idée, un juste milieu entre Tex Avery et Carl Dreyer... Bref, ce film est parfait dans sa folie douce (très douce), un OVNI aussi beau dans sa forme que dans ses dialogues. Sûr qu'on ne reverra pas un tel bidule avant longtemps. Plutôt que les navets de Tavernier, mon collègue Shang ferait mieux de passer ce genre de film à ses étudiants chinois.