Encore un film japonais entièrement tourné vers la contemplation et les petites choses du quotidien. Onmoe3 dirait dans ce film que Kawase met son point d'honneur à effacer toute trace d'évènement, voire même de récit, pour réserver ses images au seul enregistrement de la nature et du temps. Expérience intéressante, certes, mais le résultat l'est beaucoup moins. L'ennui, c'est que la réalisatrice, malgré ces éllipses totales, tient quand même à nous raconter une histoire. Comme on n'a à l'écran que les instants placés entre les évènements, on n'y comprend franchement goutte.

On assiste donc au quotidien d'une petite famille résidant dans une forêt : une jeune fille, ses parents, sa mère-grand et son cousin. Les mini-trames qui font leur vie (la mère s'évanouit, le père peste contre l'abandon d'un projet ferroviaire) sont vite oubliées au profit de jolies images sur les moe6arbres, la pluie ou le ciel. Mais là où Weerasetakul (référence presque étouffante du film) parvient en maître à filmer le "rien" à travers l'enregistrement de la nature dans son aspect le plus solaire, Kawase ne parvient jamais à faire sens avec ses images. On reconnaît le sens du cadre, on apprécie le côté quasi-documentaire de la chose, mais on aimerait bien avoir autre chose à se mettre sous la dent que ces mystères qui mettent toute leur peine à rester opaques ou ces bouts de fiction hâchés. D'autant que la mise en scène n'est pas franchement à la hauteur d'un projet aussi ambitieux : montage scolaire (une série de vignettes campagnardes montées au rythme exact d'une ritournelle au piano), symbolique usée (des tas de ponts ou de tunnels pour montrer le passage de l'enfance à l'âge adulte), imaginaire assez pauvret (les zolis arbres et les zoziaux)...

Il y a bien quelques moments grâcieux dans Moe no Suzaku, comme cette pluie torrentielle qui tombe surmoe2 deux amoureux esseulés, ou ces instants de petite enfance insouciante qui s'ébahit devant un scarabée. Mais l'étrangeté précieuse de Kawase fonctionne beaucoup mieux dans le beau Shara que dans ce film finalement assez vide, et qui comble ce vide par un semblant de mystère. Ozu, Hou-Hsiao Hsien et Weerasetakul peuvent reposer tranquilles sur leur tatami : la concurrence est encore frileuse.

Ah et évitez le DVD, qui présente une copie complètement immonde : sons sous serre, image floue, sous-titres blanc sur blanc.