18429717Voilà un film mystérieux, qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses, et c'est tant mieux. Si le film est très fort visuellement, avec cette mise en scène toute en effets (le gars n'est pas avare en zooms ou en travellings arrière) et pourtant très juste, c'est surtout sur son scénario que Conte de Cinéma étonne : une première partie (presque la moitié du film), présente un jeune couple qui décide de mourir ensemble, et se bourre de cachets. Puis, subitement, l'histoire bifurque, et on assiste aux déboires d'un jeune réalisateur qui vient de regarder cette première partie, et aux répercussions que cette projection a sur sa vie intime.

Mise en abîme, donc, habilement utilisée ici pour parler de l'infime différence qui existe entre vie réelle et cinéma, des dangers de l'identification, et de l'importance de mener sa vie en critique de l'Art, et non en imitateur. On comprend ces thèmes, et on ne peut que constater l'impeccable tenue du film, aussi convaincant dans ses rythmes étranges que dans sa direction d'acteurs, dans ses dialogues décalés que dans sa photo très belle. Il n'en reste pas moins que Hong Sang-Soo nous laisse18429765 délibérément dans la brume sur plusieurs idées de scénario (pourquoi le réalisateur est-il mourrant ? qui est exactement cette actrice fantômatique ? que s'est-il rééllement passé entre les deux camarades d'études? etc.), et qu'on sort de ce film chargé d'interrogations. Curieusement, ces interrogations ne font pas problème, grâce à la simplicité du trait qui compense les trous du récit. On se laisse porter par le récit, en faisant confiance au cinéaste, et on apprécie même que toutes les réponses ne soient pas apportées.  Conte de Cinéma est un très bel exemple de "cinéphilie fétichiste", thème hitchcocko-truffaldien 18429753par excellence (ça, ça en jette) : écharpe portée par l'héroïne, Marlboro rouges qui sont comme un gimmick incessant, devantures de magasins qui reviennent, copie des mêmes scènes en parallèle (la scène d'amour)... Hong organise un maillage serré entre les différents motifs de son cinéma, et dresse avec ce bizarre objet fiévreux et romantique un très joli portrait d'un fou de ciné. La vie du héros apparaît comme une "adaptation" du film qu'il vient de voir (et nous avec), comme si la morale voulant qu'il faut bien différencier la fiction de la réalité n'avait plus cours.  (Gols 02/04/07)


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Oui, c'est intéressant ces allers retours incessants entre la seconde partie et la première - sensée donc être un court métrage (dans lequel il y a un rêve... mais Hong ne nous entraîne pas, cette fois-ci, dans ce genre d'abîme sans fin). Le personnage principal de la seconde partie affirme (à l'actrice du court qu'il a rencontrée dans la rue) que ce court est son histoire ; mais il semble un poil affabuler, le gars - jalousant apparemment son ami cinéaste qui a, lui, percé - et lorsqu'il commence à trop vouloir chercher à "répéter" la trame du court, la sanction est immédiate : l'actrice lui dit qu'il n'a rien compris au film... ou si on essaie d'être tortin, à son propre passé. Il veut entraîner l'actrice dans un double suicide (comme dans le court) ; deux pistes s'offrent à nous pour démontrer que son acte est totalement dénué de sens : dans le court le héros faisait état de ses problèmes avec les femmes ; qu'il s'agisse de ses relations avec sa mère (avec là encore une autre mini mise en abîme avec la pièce de théâtre qu'il va voir) ou de ses relations amoureuses (il parle avec l'héroïne de leur "problème" dans le passsé et se révèle au lit impuissant, ceci étant sûrement lié à cela). La seconde piste serait la piste sentimentale pure et dure : dans le court les deux personnages sont clairement amoureux l'un de l'autre - ils le furent, tout du moins et sont exaltés par leurs retrouvailles. Dans la seconde partie, il est évident que l'actrice n'est en rien amoureuse de cet homme suicidaire (un ptit coup d'un soir qui fait pas de mal, pourrait-on dire et qui doit s'arrêter) et elle trouve grotesque sa proposition - tout comme lorsqu'il se met à casser son verre avec ses dents : ce type est un ballon de baudruche, qui plus est alcoolo, ses anciens camarades n'étant d'ailleurs pas les derniers pour se moquer de lui.

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Un film relativement typique du style de l'ami Hong Sang-Soo : entre ces deux trajectoires, ces deux histoires très simples (on rencontre une femme, on boit, on baise : la plus vieille histoire du monde...), entre cette fiction et cette "réalité" (guillemet d'usage puisqu'on reste... dans le film), de subtiles correspondances et différences voient le jour ce qui amène à s'interroger finement sur les frontières finaudes entre le processus créatif (le fait de piquer ici et là des éléments à ses proches), l'oeuvre et son interprétation éventuelle. Un bien joli conte de cinéma moins "simplet" qu'il pourrait en avoir l'air.  (Shang 28/09/14)

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