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Dans la droite continuité de la saison 1, la série reprend où on l'a laissée et ressort les mêmes recettes : le dialogue entre un jeune docteur muté dans le trou du cul du monde et lui-même plus vieux, dans une suite de saynètes drolatiques et tragiques à la fois. Nika prend ses aises dans ce dispensaire du fin fond de la campagne enneigée russe des années 10 : il entretient une "aventure" avec l'infirmière principale, par défaut et parce qu'elle tolère sa dépendance à la morphine ; il ampute comme on se mouche et regarde les nouveaux cas de syphilis avec l’œil du blasé ; et il devient très compétent dans l'art de soigner les gens avec rien (et surtout pas avec la morphine, qu'il garde pour lui-même). Mais la guerre frappe aux portes, et notre gaillard va devoir jongler avec ses convictions politiques pour surfer sur la vague. Il tombe par ailleurs amoureux d'une belle aristo de passage, ce qui va donner lieu à des humiliations de plus en plus douloureuses pour notre jeune médecin et pour son entourage. C'est la grande nouveauté de cette saison : le personnage devient carrément odieux, drogué jusqu'aux oreilles, lâche, pleutre, insensible, ne voyant que son intérêt personnel au milieu de la gabegie qui l'entoure. D'où l'affliction de son double mûr, qui regarde sa vie passée en désespéré, conscient de ses échecs, bourré de remords jusqu'à flirter avec la clochardisation. Beaucoup plus sombre que la 1, donc, cette saison, après deux épisodes assez marrant, plonge dans le drame et la noirceur, pour finir sur un épisode vraiment glaçant.

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La série se finit ainsi, au grand dam visiblement des créateurs : ils bouclent leur histoire à toute vitesse dans le dernier épisode, laissant de gros trous dans leur trame, colmatant les brèches à l'arrache. C'est dommage : avec plus de temps, ils auraient eu loisir de développer toute la partie "fuite dans la neige", qui prend ici 10 minutes envoyées à 200 à l'heure. Gérer la mutation du personnage, sa maladie, ses trahisons, son deuil, ses déceptions amoureuses, tout en restant amusant et palpitant, tout en traitant de la mort d'un des personnages principaux, tout en s'intéressant au docteur plus vieux, le tout en quelques minutes, ça paraissait trop compliqué. Une fin bâclée donc, mais la série reste toujours assez plaisante, par ce mélange entre tradition russe et atmosphère britannique, par le ton gentiment absurde, par le jusqu'au-boutisme des situations, par le jeu des acteurs (Radcliffe est courageux d'endosser ce personnage veule et moche), par une façon étonnante de faire entrer l'anachronisme dans un contexte historique (ici, des mises en scène d'opéra pour exprimer la passion de Nika), et par une réalisation soignée (un nouveau réal pour cette saison 2, on n'y voit que du feu). Peut-être pas le film à projeter à l'office de tourisme de la Russie, mais une série attachante.

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