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Josep est un dessin-animé plus dessiné d'ailleurs qu'animé qui convoque aussi bien le devoir de mémoire (ces espagnols mis dans des camps en France dès 1939), la transmission, l'art comme arme pour survivre (le dessin, le chant...), le combat... C'est un vaste programme pour Aurel qui, par le biais du récit d'un simple gendarme, sur le point de mourir, à son petit-fils, narre le destin du dessinateur Josep Bartoli puis de sa compagne-amante haute-en-couleurs (qui va justement lui en redonner, des couleurs, dans sa vie) l'incontournable Frida Kahlo. Le concept au départ est un peu convenu (la mémoire mourante, le petit-fils un peu branleur, artiste en herbe à l'écoute du vieillard) mais on est malgré tout vite sous le "charme", si j'ose dire, de cet univers dessiné à quelques coups de traits qui ne fait se mouvoir les personnages qu'a minima. Cela convient parfaitement à la situation relativement figée de ce camp : des communistes et anarchistes espagnols cantonnés comme des bœufs dans ces camps barbelés, des gendarmes français cons et racistes comme des andouilles, des blacks sénégalais faisant le tampon entre l'administration française aux ordres et ces réfugiés privés de liberté... Seul un gendarme français s'ouvre à l'univers des Espagnols et va tenter (c'est un bon bougre, au physique un peu ingrat, qui saura le moment venu faire preuve d'un véritable héroïsme en toute humilité) de remettre en contact Josep et sa femme... Avant d'en arriver là, on découvrira le quotidien terrible des camps, la bassesse des autorités françaises et aussi, par le biais des croquis de Bartoli et des chansons espagnoles tout un petit monde de résistants en exil. De l'historique, du dramatique, de l'artistique, de la romance, de l'aventure : derrière ce dessin qui avance sur la pointe des pieds, Aurel parvient à transmettre l'esprit de toute une époque, de toute une culture "déplacée" et ce n'est pas le moindre de ses mérites - les effets artistiques (de la neige à cette fumée envahissante) étant d'ailleurs plutôt réussis. On s'offusque devant nos amis les gendarmes (Morel qui donne sa voix de fausset à un porc de gendarme, parfait), on applaudit devant la résilience d'un Josep dont le coup de crayon fait tenir le coup (Sergio Lopez, toujours l'intonation qu'il faut) et on approuve les petits faits de ce gendarme lambda qui sut, en temps voulu, faire preuve d'une bonne grosse dose d'humanisme envers son prochain. Josep n'est peut-être pas tout du long totalement exaltant mais devant cette petite forme dessinée vivace, on peut tout de même faire l'effort de lâcher un hep hep hep hourrap de bon aloi.

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