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Grandeur et décadence d'une série qui s'annonçait géniale dans les deux premières saisons, et qui s'effondre lamentablement depuis. Il fut un temps où les créateurs de Black Mirror étaient en avance sur leur temps, parvenant à décrire un monde probable (et effrayant) quelques années avant que ce monde probable (et effrayant) devienne réalité, anticipant ainsi les excès de la virtualité, les débordements des réseaux sociaux, le repliement sur soi induit par les jeux viédos, les dérives de la drague sur internet, etc. Mais quand on se souvient du premier épisode, qui voyait un type contraint de baiser une truie, et qu'on le compare avec ces trois épisodes de la saison 5, on se dit que quelque chose s'est perdu en cours de route : non seulement les gars ne parviennent plus à être prophètes, à réfléchir aux nouvelles technologies, à nous présenter un univers crédible, mais en plus ils ne dérangent plus, nous servant des épisodes familiaux et gentils sans aucun intérêt. Pas un seul film pour sauver les autres dans cette nouvelle cuvée pourtant bien dotée visiblement (des films de plus d'une heure, friqués et techniquement impeccables) ; comme quoi les capitaux ne suffisent pas à faire une bonne série, et on préférait quand l'imagination compensait les effets spéciaux.

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A la rigueur, c'est le premier épisode qui convainc le plus. Non pas tant à cause de sa forme, absolument immonde, qu'à cause de son fond, qui nous fait renouer un peu (un tout petit peu) avec les ambitions du passé : il s'agit d'un jeu vidéo révolutionnaire, qui transporte les joueurs dans une réalité virtuelle hyper-réaliste. Deux potes de toujours s'y retrouvent pour fighter joyeusement... et baiser aussi, affirmant sans l'affirmer une homosexualité débridée qu'ils s'interdisent dans la vraie vie. La réalisation est affreuse, l'univers du jeu vidéo est très mal rendu, le scénario est maladroit dans son écriture, tout est raté. Sauf cette idée sympathique d'un monde parallèle où nos fantasmes pourraient trouver à s'exprimer. D'autant que les héros sont noirs, et leurs avatars très libérés de leurs conditions : l'un a choisi un asiatique musclé et souple, l'autre une bimbo hyper sexy, manière de transcender leur statut de la vie réelle. Les deux bougres ne s'assument pas du tout dans la réalité, finissent par se brouiller, mis ils ont au moins découvert qu'il existe peut-être une manière nouvelle de s'émanciper de la réalité. On fait vite le parallèle avec ces fameux "résossocio" dont on nous bassine toute la journée, qui deviennent effectivement le lieu de l'expression de nos fantasmes inassouvis. Rien que pour ça, et si on ferme les yeux sur tout le reste (dont le jeu des acteurs), on apprécie relativement, très relativement, cet épisode.

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Mais ensuite, on s'enfonce dans l'indigence complète. Le deuxième épisode, même pas futuriste, nous présente une morne prise d'otages orchestrée par un gentil gars qui fait un burn-out, et qui veut parler à Steve Jobs, en gros. Un film caricatural (le grand patron qui fait un jeûne dans le désert, au secours) et moraliste (arrêtez de regarder tout le temps votre portable, aimez-vous, faites des rondes, merde), très mal joué, qui ne raconte rien et ne contient aucun suspense : dès le départ, on ne donne pas cher de ce type, et le film a beau tenter de faire monter la tension, on reste dans la série policière la plus indigente. Le dernier épisode, un peu mieux réalisé, nous montre une jeune fille fan d'une pop-star et qui achète une poupée-robot à l'effigie de son idole. Plus la poupée est joyeuse, reproduisant l'image positive de la chanteuse, plus celle-ci s'enfonce dans la dépression et les problèmes familiaux, jusqu'à une rocambolesque histoire de coma, d'empoisonnement et de cerveau qui continue à créer, suivie d'une fin en forme de film d'action consternante. Un film pour enfants, dans le meilleur des cas, si vous voulez du mal à votre enfant, mais en tout cas un film indigne de la série, très mal joué là encore, simpliste, superficiel, mal tenu dans l'histoire et je-m'en-foutiste dans la réalisation. Reste une chanson finale de Trent Reznor qui vaut des points. Au final, complètement déçu par cette saison et par cette série qui commence à accuser le coup de son succès et de sa réputation. Le syndrome de la grosse tête, aucun doute.  (Gols 12/06/19)


J'avais "indigence" en introduction mais comme Gols l'a déjà utilisé vingt-huit fois me voilà un peu pris de court... Cela tombe bien finalement parce que mon gars Charlie Brooker qui continue d'écrire cette série a semble-t-il également été pris de court en sous-traitant les scénars à Marc Lévy. Mon camarade a tenté de sauver le premier épisode, je l'ai trouvé personnellement à la limite de l'homophobie... Cette histoire de deux potes qui ne peuvent baiser ensemble que sous des faux-semblants hétérosexuels (quand ils essaient de s'embrasser dans la vraie vie, ça marche pas, ils se dégouteraient presque) semblerait presque daté des années 50 (si, le même type de jeu vidéo existait déjà, mon père y a joué). On pense que cette minuscule idée va évoluer : qu'ils vont changer de rôles, qu'ils vont finir par prendre tous les deux des personnages masculins... que nenni, l'un reste excité par la jupette et la perruque (sa femme est patiente), l'autre par le type "Bruce Lee maigre" (sa femme devrait se pendre). C'est complétement rétrograde (la virtualité suit autant la norme que la réalité) et les effets spéciaux sont effet bâclés. Gerbant. Le deuxième épisode est d'une vacuité (je change de registre) infernale... Le type est vénère parce qu'il a tué sa femme en bagnole en matant son téléphone - et il n'assume rien : ben non, ce n’est pas de sa faute mais celui d’un responsable de réseau social (les gens sont cons, quand même). Un sombre con qui se défoule en prenant en otage un pauvre noir qui n'a rien demandé... C'est beaucoup trop long (en douze minute tout pourrait être dit) et le gars Steve Jobs, dans sa retraite au milieu du désert, semble sortir lui aussi d'un passé lointain (disons les années 60). On est content que le preneur d’otage meurt à la fin, il méritait tien d’autre. Le troisième épisode (je voulais m'arrêter là mais ma conscience professionnelle m'a rappelé à l'ordre) met en scène une star-poupée voulant devenir rockeuse et interprétée par… Miley Cyrus. On touche le fond. Miley, manipulée par sa tante, incomprise, qui veut se rebeller... Elle a pour alliée une poupée faite à son image mais qui n’utilise que 3 % de son cerveau (je me marre... quand elle utilisera 100 % de son cerveau, elle sera simplement capable d'utiliser en plus des mots vulgaires... Miley Cyrus ahaha). On nage dans la couillonnade absolue et même Claude François (même pas son CAP d’électricien en poche) aurait refusé de tenir un rôle là-dedans en son temps (ouais, on remonte aux Yéyé, cette fois). C'est aussi visionnaire et raté que les frères Bogdanoff réunis et on se dit que dorénavant de l'autre côté du miroir il y a un trou noir... Inutile sur toute la ligne. Juste l'impression de s'être fait salement baiser sur ce coup. (Shang 28/06/19)

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