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Aaaaaaah que c'est bon. Après des années où il est de bon ton de considérer la série télé comme un genre noble, et où on complexifie de plus en plus les scénarios pour en faire des objets intellectuels et adultes, c'est un vrai plaisir que de tomber sur une série sainement con et qui n'a qu'un seul but : vous donner du fun sans arrière-pensée, sans allégorie ou sans profondeur. La Casa de Papel vous replonge dans les premiers temps de 24, quand l'habileté des auteurs faisait en sorte que vous ne pouviez pas vous arrêter (l'effet "allez, un p'tit dernier pis j'vais m'coucher"), quand l'allongement de vos cernes était proportionnel aux coups de théâtre métronomiquement assénés. Voilà une série premier degré qui fait plaisir, qui renoue avec le grand divertissement télévisé que savent aussi être les séries quand elles s'assument pleinement. Moi, je prends, et j'en redemande. Moralité : 16h30 de métrage engloutis en quatre jours, il faut savoir être déraisonnable et ne pas avoir de vie sociale quand les événements se bousculent.

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Une bande de hors-la-loi fait un casse. Conduits par le geek El Profesor (à prononcer avec une voix sépulcrale), ils envahissent la Fabrique nationale de la Monnaie, prennent en otages les employés, et dès lors un bras de fer commence avec la police. En effet, il ne s'agit pas de prendre l'oseille et de se tirer, mais de rester le plus longtemps possible dans le site pour pouvoir imprimer des billets par millions et s'échapper... sans avoir rien volé à personne. Idée géniale, puisqu'il va falloir gagner du temps, tenir les flics hors de portée, gérer les otages plus ou moins dociles, calmer la fatigue et les tensions, et de l'extérieur, anticiper les ruses des policiers qui font tout pour pénétrer dans le bâtiment. Trois groupes s'affrontent et ils ont tous leur intérêt. Les braqueurs d'abord, fine équipe de tronches (il y a les hommes de main, les fous d'informatique, les spécialistes de la monnaie, les leaders, ceux au sang chaud et les monstres froids), au début très soudés mais vite gagnés par les histoires de cul, les batailles de pouvoir, les décisions absurdes et les doutes ; à leur tête, les guidant depuis l'extérieur, El Profesor, donc, maître absolu du jeu mais qui va se trouver confronté à une inspectrice bien retorse qui va fissurer son plan parfait. Il y a aussi les flics, eux aussi partagés entre les va-t-en-guerre et les cerveaux, et bien embêtés devant la grande idée du Profesor : manipuler l'opinion publique pour qu'elle soit du côté des braqueurs (il faut éviter de faire du mal aux otages et d'avoir une image négative). Enfin, il y a les otages, groupe disparate qui devient peu à peu ingérable entre amourettes et rébellion. Ces trois entités bouillonnent ensemble, et offrent environ 42 coups de théâtre par épisode, faisant passer habilement le spectateur dans un camp puis dans l'autre : on voudrait que les flics gagnent, et en même temps que les otages soient libérés, et en même temps que les bandits réussissent leur coup.

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Si on s'arrête deux secondes et qu'on regarde le tableau, on voit bien que c'est complètement incohérent, invraisemblable et illogique, que ce Profesor fait 11000 gaffes, qu'il est peu crédible que l'otage tombe amoureux de son ravisseur, que la police pourrait très bien passer par la porte de derrière et... mais justement : le but de la série est de vous empêcher de vous arrêter, même deux secondes. Sa mécanique est diaboliquement hypnotique, et on est prêt, comme les enfants avec les contes, à croire tout ce qu'on veut du moment qu'on nous donne notre dose d'adrénaline. La magie de la chose, outre son idée de base assez géniale : les personnages, tous funs et attachants, tous porteurs de grandeur et de faiblesse, et la construction du scénar qui les entraîne dans les erreurs, les voies sans issue, les actes de bravoure, dans une spirale d'action irrésistible. A chaque nouvelle invention de la police, on se dit que nos amis les braqueurs sont finis... et à chaque fois, les auteurs trouvent le truc génial qui les sauve. La série sait aussi être lyrique par moments (un éloge de la camaraderie aux sons de "Bella Ciao" qui marque des points), et, si elle est moins à l'aise dans l'intime (les histoires d'amour sont pour le coup complètement illogiques), si elle en fait un peu trop sur la fin (c'est trop long, et les auteurs sont pris dans une surenchère qui a ses limites), si elle semble parfois écrite en direct et un peu à l'arrache (des résolutions de dilemmes un peu faciles parfois), elle nous donne notre shoot de plaisir avec tellement de sincérité et de classe qu'on ferme les yeux sur tous ses défauts. La Casa de Papel est un moment de régression délicieux, un moment déconnecté où on se prend pour des bandits et où on rêve que ce coup mirobolant (1 milliard d'euros, diable) réussisse, ne serait-ce que pour le fun, ou rate, ne serait-ce que pour avoir une saison 3.  (Gols 07/03/18)

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Il y a les bouquins "page turner" et les séries "épisode turner" : oui, il y a une véritable addiction à la chose et ce malgré tous les défauts du bazar (on commence par-là, et puis après on se lâche) ; malgré quelques tentatives de fond ("Nous les femmes...", le viol, les violences conjugales...), cette série ne fait pas partie des grands monuments psychologisant modernes, c'est le moins qu'on puisse dire ; les dialogues sont relativement faibles (je comprends rien à l'espagnol mais même sans sous-titre on ne rate pas grand-chose, faites le test) et les "grands moments émotionnels" (dès qu'un acteur ou une actrice pleure parce qu'un proche est mort ou la vie résolument trop dure) sont généralement assez risibles (ou disons qu'on voit les cordes des violons grosses comme ma cuisse - je me suis remis à courir) ; la musique est, dit-il mélomanement en passant, honteusement pompée à 28 jours plus tard ; au niveau crédibilité, la barre est très haute dans le grand n'importe quoi (un exemple parmi 3000 : personne n'a l'idée de faire une petite recherche sur internet pour savoir à quoi ressemble le professeur une fois que l'on connaît son nom - cela lui fait gagner une demi-douzaine d'épisodes d'anonymat : pas futefutes ces flics spanish)... Enfin, quant à la construction narrative, on est entre 24h pour le côté quasi "en temps réel" et Lost pour, un poncif dorénavant, les interminables flash-backs censés nous en dire plus sur les personnages (la préparation du coup qui a des allures de colonies de vacances - cours, coucheries, beuverie).

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Bien, j'arrête de charger la mule ? Oui, j'arrête, parce qu'avouons qu'on tuerait un âne à la main pour connaître la fin de cette première saison. Les six derniers épisodes d'une heure sont particulièrement chargés en rebondissement et en coups d'éclat (il y a auparavant d'incontournables longueurs, pour ne pas dire d'interminables couloirs - les relations entre l'inspecteur Murillo et sa mère, entre autres, sont comme une plongée en apnée dans le troisième âge qui donnerait envie de créer des maisons de retraite) et chaque fin d'épisode nous prend par le slip... Il faut savoir se raisonner pour ne pas tout engloutir d'un coup, un peu comme un bac de glace rhum-raisins ou cerises du jardin. A chaque jour, on se limite à son petit épisode pour ne pas tomber dans le crack espagnol et être en manque au dernier épisode (et puis, ça tombe bien, va falloir reprendre le boulot : ils vont bien finir par lever les barrages un jour, mierda...). Pour revenir deux secondes aux personnages, on est prêt à sacrifier tous les otages (qui sont un peu laissés en free style... à part ce pauvre Arturo qui déguste sa mère) pour que la chtite Tokyo, dont on tombe bêtement amoureux dès le départ, s'en sorte, vouant un culte immodéré et inconsidéré pour ce petit grain de beauté qu'elle a là, juste au-dessus de la lèvre supérieure... Ce n'est pour certain qu'un détail, mais un détail qui sauve, à chaque fois qu'on l'aperçoit, toutes les incohérences de cette série qui avance comme un train dans la nuit sans rail... Les Espagnols ne sont pas morts, il était temps qu’arrive du sang neuf pour raser la moumoute grise d'Almodovar. Un peu concombre mais ça dépote.  (Shang 31/03/18)

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