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J'ai un peu honte, j'avoue, d'être resté bloqué sur 24, série qui, au final n'a fait des étincelles que sur ses deux premières saisons, et s'est complue ensuite dans la répétition du même, les cliffhangers en mousse et les acteurs patauds. Ben oui, j'ai un peu honte, mais j'ai quand même voulu jeter un oeil sur ce revival tardif, 17 ans après les premiers pas de Jack Bauer dans son long combat sur les traces des méchants terroristes basanés qui menacent la sainte Amérique. Les gusses ne s'embarrassent pas de précautions : ils font comme si rien n'avait été réalisé depuis en matière de série, recopient scrupuleusement la recette ancienne, serrent les fesses et envoient ça sur les petits écrans en espérant que ça se verra pas trop. Ah ben si, ça se voit. Le truc se pique même pas de jouer sur des clins d'oeil sur les anciens tics de la série, genre "on est un groupe", non : il en copie exactement toutes les recettes, sans y ajouter quoi que ce soit... et en enlevant même pas mal de choses qu'on aimait. Exit d'abord Jack Bauer (God dam'it), remplacé par un acteur qui rigole quand il se brûle, un type qu'on a envie de voir exploser dès les premières minutes : droit dans ses bottes, plein d'abnégation, les plaies cicatrisant en 2 minutes chrono, voici Eric Carter, nouvel agent secret omnipotent et invincible, qui n'arrive pas à la cheville de notre Kiefer d'antan. Le mec possède toutes les méthodes de combat à mains nues, a mémorisé tous les modes d'emploi des bombes existantes, sait piloter des hélicoptères ou fabriquer un explosif avec une gomme, mais il a oublié au passage son glamour aux vestiaires : nul, cet acteur gâche l'essentiel de la chose, ce qui n'était pas simple, vue la morosité déployée.

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Passons sur le reste du casting, en général clairement séparé en deux parties : d'un côté les gentils, geeks génies d'informatiques, épouses aimantes, figurants victimes, politiques aux dents serrées ; de l'autre les méchants, arabes. Oui, car il s'agit pour Carter d'intervenir pendant 12 heures (tiens ? ah oui, y a que 12 épisodes) sur une menace d'attentat vraiment chaud-patate fomentée par des terroristes jihadistes pas commodes, qui ont commencé par trucider toute l'équipe de Carter. Le gars est le dernier survivant, et il n'est pas content. Il va sillonner la ville, aidé par des GPS sophistiquées, des caméras thermiques et des armes de poing sa mère, dézinguer du musulman, crâmer du voyou, braquer le Pentagone, déjouer les plans des politiques véreux, sauver la gentille et buter le fâcheux, réchapper à douze incendies, 33 bagarres, 117 fusillades, 5 séances de torture, 12 guet-apens, tout en préservant son amour pour la cagole de service, grosse journée. Ça aurait pu passer il y a 15 ans, quand on était encore impressionné par ce principe de temps réel (ici, envoyé aux choux), quand on voulait bien encore adhérer à ces coups de théâtre à outrance. Mais aujourd'hui, on devine tout à l'avance, qui va se faire tuer, comment et à quelle minute, qui est le félon et qui le héros caché, comment Carter va s'en tirer et quel fil il faut couper pour désamorcer la ceinture d'explosif. Cette série spectaculaire semble avoir été réalisée il y a deux décennies, et son hystérie de montage, ses comédiens physiques et son scénario survolté ne cachent que le vide d'un système qui fit ses preuves, mais qui est aujourd'hui périmé. La série fonctionnait parce qu'elle prenait place dans un contexte politique surchauffé, qu'on découvrait si on peut dire le terrorisme de masse, une ère de suspicion paranoïaque qui rendait la vision addictive et crédible. Mais les temps ont changé, les créateurs de 24 : Legacy ne s'en rendent même pas compte et le scénario devient légèrement douteux, en tout cas inconsciemment raciste. Mieux vaut se retaper la saison 1 de l'original, comme une madeleine de Proust, que d'assister à ce naufrage putassier.

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