vlcsnap-error671

Miracle à Milan : petite merveille de l'optimisme forcené ou petite mièvrerie vieillo-réaliste ? Je pense que l'ami Gols (que je fréquente, aussi, parfois) pencherait pour la seconde option, et je dois dire, honte à lui, que je ne serais pas loin sur ce coup de lui emboîter le pas. Comment, s'attaquer à De Sica, au grand Vittorio De Sica ? E perque no, après tout.

vlcsnap-error720

Après un début ultra néo-réaliste avec un bébé qui naît dans un chou (ah la bonne blague) et l'épisode ultra-breliste du gamin, simple petite figure en noir, suivant, dans le brouillard, le corbillard de la grand-mère qui l'avait recueilli dans son jardin (Dire, que Fernand est mort, dire, qu'il est mort Fernand... magnifique image pour le clip du grand Jacques), on rentre dans le vif du sujet : il n'y a pas que les imbéciles qui ont le droit d'être heureux, il y a aussi les pauvres. Il suffit, juste, de savoir profiter d'un rien : un rayon de soleil dans la brume, joie, un taudis en tôle transformé en taudis en bois, joie, un homme en colère souffle dans un sifflet, le voilà plus léger, joie ... Totò (Francesco Golisano, une tête à pouvoir porter cinq kilos de pommes-de-terre dans sa casquette) ramène en vous la joie de vivre et c'est cela être bon : vous êtes petit, il se met à votre hauteur, vous avec des rhumatismes, il mime le mal de dos, vous avez la gueule tordue, il vous parle en faisant une grimace. Soit il est bon, soit il vous prend pour un con, le fait est que cela fonctionne (la joie de vivre est communicative comme l’est d’ailleurs le désespoir si on pense à Raymond Barre)) ; notre héros est ainsi vite adulé : la vita e bella se tue-t-il à dire, oui, tout le monde se met à le croire et cela rappelle le refrain d’un autre cinéaste italien  conchié par le toujours obtus Gols (qui me sert de caution pour l'occase, marche). Cette histoire d'un Zelig du bonheur part certes d'un bon sentiment mais devient quand même rapidement mièvre (échangerai pas mon baril de Capra contre cinq kilos de De Sica, pas fou).

vlcsnap-error123

vlcsnap-error770

Et puis tournant du match. Surviennent alors les méchants richards avec leur haut de forme : ils veulent virer les squatteurs milanais. Là encore Totò est au taquet et leur fait bien comprendre que tous les êtres humains ont cinq doigts et sont donc tous un peu pareils – sous-entendu, laissez-nous en paix : on dirait du Paulo Coehlo tellement c'est sot, et ça fonctionne... Enfin pas longtemps car du pétrole est trouvé sur le terrain et les richards, forcément suppléés par les forces policières à leur solde, sont bien décidés à virer ces hommes en guenille. Totò, littéralement touché par un don du ciel, va faire une pluie de miracles pour décanter la situation ; le final est harrypotteresque avec des effets spéciaux ultra-ringards - mais attention, poésie ! Ouais, enfin ringards quand même…

vlcsnap-error394

Alors bon, on pourrait trouver une certaine truculence dans ces scènes de flics qui partent en vrille sur des patins à glace (miracle), voire un petit côté poético-biblique dans cette séquence où les pauvres repoussent les gaz lacrimo avec leur souffle (miracle à la Moïse), pour ne pas dire quasi surréaliste avec ces chapeaux haut de forme qui chassent un pauvre collabo (miracle, again, mais toujours pas dans les effets spéciaux... allez, avouons tout de même que cette transparence-ci a du charme...). Oui, on pourrait. De même, l'optimisme est tellement rare de nos jours que ce Totò pourrait faire figure de personnage salvateur comme une sorte de discours à la Macron pré-élection. Oui, on aimerait presque pour une fois ne pas faire le cynique de service... Mais bon, franchement, entre nous, soyons justement réaliste : c'est gnangnan et populiste comme tout, ce discours genre "je suis du côté des pauvres et en plus je veux les rendre heureux et béats" (genre un peu comme mon film). Les pauvres passent en plus franchement pour des petites merdouilles dans leur désir matérialiste idiot (Totò peut réaliser tous leurs vœux : je veux un manteau en fourrure, moi des millions, moi une machine à coudre... pas jojo tout ça) ; Totò, sentimental et moins con que la foule, heureusement, aime à flirter et sait rendre heureuse sa compagne (la seule à sauver) avec une simple marguerite... C'est toujours un peu bébête mais, au moins, pas bassement matérialiste. La touche romance, quoi… pas d’une originalité folle… Le film eut la palme en son temps et l'on est assez content que 48 ans plus tard ce fut Rosetta. On a un peu évolué, oups.

vlcsnap-error862

 Quand Cannes