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Avouons que c'est un peu comme tomber sur le Graal (vous pouvez pas comprendre) : le tout premier court de JLG (Jean-Luc Godard présente un film mis en scène par Hans Lucas (sic)) est soudainement visible ! Autant dire que c'était quelque chose d'inespéré, le genre de bobine qu'on ne pensait trouver que sous une latte de l’appart du cinéaste après sa mort. Godard fait alors dans l'adaptation littéraire, oui monsieur, en s’inspirant d’une nouvelle de l'ami Maupassant intitulée "Le Signal". L'histoire est celle d'une jeune femme mariée bien sous tous rapports qui est intriguée par la facilité avec laquelle une femme aux mœurs beaucoup plus légères parvient à draguer les hommes depuis chez elle. Un petit coup d'œil, un sourire, un hochement de tête et hop voilà notre homme ferré, prêt à monter dans les escaliers pour coucher avec la jeune femme. Forcément, la gourgandine, elle trouve cela carrément obscène mais n'a qu'une envie celle d'essayer - ah les femmes, et cette insatiable curiosité... Godard décide dans son court que la jeune femme mariée n'exécutera pas son petit numéro de séduction depuis chez elle mais à l'extérieur, sur l'île Rousseau précisément, à Genève. Maria Lysandre, notre jeune femme, repère un homme sur un banc avec son journal (Roland Tolmatchoff), minaude à mort, n'arrête pas de tourner autour de sa proie avant de s'asseoir à côté de lui en tentant d'attirer son attention par tous les moyens. L'homme finit par bondir, littéralement, et suivra la belle jusqu'à chez elle sans qu'elle puisse s'en départir. Mince alors.

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L'idée principale, on le sent, est celle de filmer ces avenues humides de Genève avec cette femme qui arpente la ville en tous sens. La séance de drague ressemble plus, disons-le, à une séquence de cinéma muet avec ces multiples mines de la donzelle et cette réaction un brin démonstrative de l'homme qui se jette sur elle. Une voix off, quasi omniprésente, reprend dans les grandes lignes la nouvelle de Maupassant, un procédé très proche de celui qu'usera Rohmer lorsqu'il adaptera lui aussi en début de carrière Edgar Allan Poe. Godard parvient à se distribuer un petit rôle, celui du premier jeune homme attiré par la femme aux mœurs légères. Il traverse la rue, clope au bec, d'un pas allègre et, sous les yeux des passants scandalisés, regarde s'il a assez de monnaie dans son porte-feuille. Sacré JL, pas le dernier pour la gaudriole. On comprend que le Maître ne soit pas forcément pressé de montrer cette première œuvre comme un étendard, même si, en cherchant à positiver, on y trouve déjà une certaine liberté à filmer des acteurs allant leur petit bonhomme de chemin au milieu des passants (qui se retournent tous sur le passage de la donzelle, la caméra devant être un peu voyante - JLG saura y remédier). Voilà, encore un Graal bu et plus à boire.   (Shang - 17/02/17)

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Toujours ce foutu XIXème siècle qui ne lâche pas nos apprentis de la Nouvelle Vague, bien pratique pour les scénarios, et donnant un cachet littéraire très savant à leurs oeuvres. Bon, on ne va pas s'en plaindre, ça leur donne l'occasion de tresser de jolies petites choses, comme cette Femme coquette. Rien de grandiose, certes non, mais il y a dans ce petit film une légèreté, un humour et un côté fait main qui réjouissent. L'actrice joue et lit comme une tâche, mais son joli minois fait tout le charme de cette comédie sans conséquence. Les femmes, c'est bien connu, aiment toutes jouer aux prostiputes, et notre jeune fille, peut-être plus madrée qu'il n'y paraît, l'apprendra à ses dépends. JLG s'amuse de l'ambivalence de son héroïne, à cheval sur une pudeur très XIXème et une rouerie dans l'air du temps : il importe que ces demoiselles s'émancipent, même si elles le font en s'en cachant. Dans ce sens, la lettre qu'elle écrit à son amie, et qui sert de prétexte au film, est complètement faux-cul, prenant des airs de sainte nitouche là où la belle a l'air de bien s'amuser. Oui, c'est mal joué, monté au petit bonheur, trop bavard, mais tout de même : Godard s'amuse avec sa caméra, tente des travellings acrobatiques faits depuis des voitures, et réussit assez bien le montage principal de la chose, la fille qui drague le gars sur un banc. C'est moderne malgré le côté désuet du texte, rigolo (JLG en client hilare, très drôle), et on voit déjà où tout ça va mener, dans le soin accordé au décor naturel des rues de la ville (sûr qu'on peut suivre la belle dans Genève), et dans ce regard porté sur les femmes : frivoles, enfantines, craquantes, capricieuses, mais enfin libérées et acceptant leurs fantasmes. Un petit trésor, au final !   (Gols - 24/02/17)

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