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Sokurov nous offre une œuvre sans doute plus didactique que poétique avec ce Francofonia où le cinéaste trace plusieurs récits parallèles intéressants. Il y a d'abord le rôle joué par Jacques Jaujard (Louis-Do de Lencquesaing, impeccable comme d'hab, tout en sobriété) responsable du Louvre avant et durant l'occupation et de son "homologue" allemand Franz Wolff-Metternich, soucieux de préserver toutes les richesses culturelles du Louvre (la plupart des œuvres majeures ayant été placées en sécurité dans des châteaux alentours, seules restant sur place diverses sculptures). Deux hommes que tout oppose a priori, surtout au vu des circonstances, mais qui partagent malgré tout cette volonté de préserver avant tout les œuvres (Franz Wolff-Metternich ne cherchant ni à rapatrier les œuvres au Louvre ni à faciliter leur transfert en Allemagne – ce qu’il finira bêtement par payer…). Il y a aussi de la part de Sokurov cette volonté de montrer à quel point le Louvre s'est enrichi pendant les campagnes guerrières de Napoléon III et cette situation paradoxale, lorsque la France est elle même occupée, de sauver coûte que coûte ses joyaux (aussi bien d'origine française qu'étrangère). Sokurov ouvre également une parenthèse loin d'être innocente sur la russie "bolchévique" - la France "cédant" à l'occupant et parvenant à préserver ses richesses culturelles versus la résistance russe et le massacre tant humain que matériel à Leningrad...On suit également en parallèle les mésaventures d'un cargo transportant dans la tempête des œuvres d'art.

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Ces différents récits, mêlant la petite histoire et la grande, permettent de mettre joliment en perspective l'histoire-même de ces différentes œuvres d'art dans le temps, à la fois dépendantes d'hommes de terrain (les conservateurs) que d'hommes envahissant des territoires. Sokurov, enfin, dans ce documentaire très riche, retrace l'histoire de la construction du Louvre. On est du coup assez surpris (et un peu déçu) de ne pas retrouver les grandes envolées lyrico-poétiques du maître (la Marianne qui se balade dans les couloirs du Louvre n'est pas vraiment la meilleure idée du doc) tout en étant assez satisfait de découvrir cette vision originale que le grand maître porte sur la France, une vision qu'il illustre de façon relativement simple pour ne pas dire, comme annoncé en intro, un brin didactique. Sokurov ne réédite donc point le tour de force artistico-technique de L'Arche russe (sur le musée de l'Ermitage) mais livre une œuvre accessible d'une belle humilité (qui reste visuellement soignée, la patte Sokurov quand même) sur le plus grand musée du monde à travers les âges et les aléas historiques. Bien, bien.

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