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Regardez juste les 10 premières minutes de Bron/Broen, et je vous promets que vous irez au bout des 10 heures de cette première saison haletante et vraiment réussie. L'épisode pilote a en effet toutes les qualités qu'on est en droit d'attendre d'une série policière. D'abord parce qu'il regorge dès le départ de "cliffhangers" : une femme est retrouvée morte sur le pont servant de frontière entre la Suède et le Danemark, impliquant du coup les deux polices nationales. On se rend bientôt compte que le corps est en fait coupé en deux, le haut appartenant à une politicienne suédoise, le bas à un autre corps. Peu à peu, on va faire plus ample connaissance avec le tueur, psychopathe sur-préparé décidé à guérir quelques tares de la société à grands coups d'enlèvements, de meurtres et de sabotages en tout genre. Je n'en dirai pas plus, ce serait cruel, tant la série, jusqu'au bout du bout du dernier épisode, vous tient en haleine, de fausses pistes en coups de théâtre.

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La grande force du bazar, outre son intrigue, ce sont les personnages. La flic suédoise, véritable robot de travail, insensible et asociale, hyper-efficace et futée est associée à son négatif, un nounours danois mal rasé, stérile (!) et sanguin. La série, placée résolument sous le signe de la dualité (entre générations, entre sexes, entre cultures, entre Bien et Mal) ne cesse de les opposer tout en les rassemblant, fabriquant peu à peu un couple mal assorti et complice. Certes, c'est schématique et parfois très caricatural (la fliquette est un peu too much quand même). Mais c'est rare de voir une série, policière qui plus est, travailler aussi bien l'aspect humain de son déroulement. Le dénouement sera lui aussi placé sous l'égide de l'Humain, tout se résolvant par une histoire de sentiments finalement.

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C'est totalement invraisemblable, c'est vrai : les flics peuvent traverser des kilomètres en quelques secondes, certaines déductions tombent d'on ne sait où, on reste un peu dubitatif devant le pouvoir du tueur (comment il a fait pour couper l'electricité sur le pont, 'tain ?), on y croit comme au retour de la gauche, les coups de théâtre tombent façon métronome, mais c'est pas grave : on est tenus par le truc comme c'est pas permis. On se dit que Jack Bauer aurait mis la moitié d'un épisode à résoudre cette enquête, mais c'est aussi un des charmes de Bron/Broen : ça prend son temps, malgré la richesse de la trame. Les références à 24 sont d'ailleurs nombreuses, notamment dans cette façon précieuse de toujours faire entrer le quotidien banal dans la grande trame générale : ici, une petite ado en fugue, un couple en rupture, une femme battue ou un ado qui cherche l'amour peuvent avoir une influence sur les agissements de grande envergure d'un serial-killer. Du coup, on reste toujours bien ancré dans le sol, jamais perdu dans le côté technique des enquêtes (le flic danois est d'ailleurs à deux doigts de l'amateurisme pur). Que du bon à dire de cette série palpitante, donc (allez, juste une chose : les réalisateurs de série nordiques sont pas très à l'aise avec la lumière, je dirais ; comme dans Real Humans, elle est ici super moche et artificielle), je vais me jeter comme un perdu sur la saison 2.  (Gols 03/02/14)

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Tout à fait d'accord avec cet avis emballé et emballant de l'ami Gols - 2015 commence mieux que 2014 a fini. Au niveau formel, on est dans le décor ultra minimaliste, dans la zique joliment saupoudrée (le générique de fin et de début firent, à chaque épisode, ma joie), dans le cadre propre et géométrique (notamment lors des plans larges : magnifique façon de filmer ce pont, en particulier) et dans la lumière... ouais grisâtre ; ils n’avaient pas dû changer les ampoules des caméras... Il y a donc en effet ce couple "contre-nature" qu'évoqua très bien mon comparse : une donzelle plus fermée et émotive qu'un coffre-fort (mais droite dans son jean en vinyl) et un type gentil comme du bon pain ; tout ce qu'elle fait, professionnellement ou sentimentalement, est comme taillé au laser (du boulot propre, des rapports sexuels qui vont à l'essentiel (...)), tout ce qu'il fait, professionnellement et sentimentalement, est instinctif (d'où parfois grosse boulette...). Mais ces deux-là, malgré leur différence, s'apprécient et on a l'impression, dans le regard empathique qu'on porte sur eux, qu’on n’est pas pour rien dans l'éveil de leur complicité - c'est ça qu'est bien dans ce genre de série filmée "à hauteur d'homme", les personnages principaux font vite partie de la famille. (Tiens, y'a Saga qui passe pour l'apéro ce soir. Ah ouais?).

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Gols cite 24 et c'est vrai qu'on y pense souvent pour les raisons qu'il énonce. Seulement ici, les rebondissements dans l'intrigue semblent beaucoup moins lourdaud que dans l'univers de Jack (ce besoin tous les 4 épisodes de relancer, dans la sueur, la machine) : certes, chaque fois qu'il y a une fausse piste, c'est pour mettre la main sur une ordure (l'enquête de base leur permet d'en résoudre douze autres : putain la police danoise, elle fout quoi bordel en temps normal ?) et l'on a parfois l'impression qu'il y a toujours quelque chose de pourri au royaume du... - oui c'est venu inconsciemment, j'en suis le premier surpris. Mais qu'à cela ne tienne, on est pris à l'hameçon de ces deux ports de pêche nordique et on se fait une joie de retrouver la tante un peu rêche et l'oncle un peu nounours pour une seconde saison dans le froid.  (Shang 05/01/15)

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