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Toujours une étrange expérience esthétique que celle de découvrir une œuvre de Sokurov. On est littéralement plongé dès les premières images (un cadavre éventré que l'on vide de ses tripes... Où peut bien se cacher son âme, si jamais âme il y a...) dans un univers glauque et morbide avant de découvrir, dans des tons ocre-verdâtre, un petit village allemand peu ragoutant : le Docteur Faust, affamé, se promène dans ces petits ruelles se faisant alpaguer par d'autres individus crevant la dalle, se faisant presser par une foule indisciplinée (tout au long du film, on ressent ce sentiment d'étouffement, de promiscuité, avec ces nombreuses séquences où les personnages se retrouvent coller l'une contre l'autre, à l'étroit dans une ruelle, un passage, un réduit). Faust va faire la connaissance d'un "inquiétant" (c'est le moins qu'on puisse dire) prêteur sur gages, un individu au physique difforme et abominable (on le découvrira tout nu dans une séquence suivante avec son sexe... au bas du dos - ça sent le soufre, oui). Cette créature diabolique n'aura de cesse de lui coller aux basques, l'emmenant parmi des lavandières (l'une des séquences les plus éblouissantes par sa luminosité et ses tons délavés (hum)) où il fera la connaissance de Margarete (Isolda Dychauk, un visage d'ange dans ce monde de brutes), l'entraînant dans une auberge où il provoquera accidentellement la mort d'un homme (le frère de Margarete)... Faust, obsédé par le personnage de Margarete, signera alors ce pacte avec le diable pour passer une nuit avec elle... mais n'aura de cesse de se montrer insatisfait, d'en vouloir plus ; cette véritable fuite en avant les conduira dans des paysages désertiques (l'Islande et ses geysers...) où Faust après avoir voulu régler son compte au diable lui-même continuera sa course insensée...

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On ne peut qu'être frappé par ce tourbillon d'images, ces personnages quasiment toujours en mouvement comme si tout repos (de l'âme) était impossible, ce soin extrême apporté aux décors, aux costumes (troublante Hannah Schygulla dans un costume de "reine de pique" mortifère), aux couleurs ; une étrange inquiétude se dégage de ses séquences peuplés de morts, de pestiférés, de monstres (de l'homoncule lynchien aux créatures du diable qui errent dans la chambre de Margarete), un univers malsain dans lequel le Docteur Faust, reniant tout intérêt pour les sciences, ne s'intéresse plus qu'à l'assouvissement d'envies primaires (la faim, la luxure, la cupidité...). Une froideur constante plane sur cet univers (même l'acte amoureux entre Faust et Margarete filmé de façon relativement "crue" ne dégage guère de sensualité, c'est clair... magnifique plan, sinon, en passant, où les deux amants avant de consommer l'acte se retrouvent au bord d'un lac dans lequel ils plongent ensemble comme deux "poids morts") et si l'esthétisme prime, on pourrait tout de même regretter que peu "d'émotion" surgissent finalement de ses images - ce n'est pas vraiment le but du jeu, me ferez-vous remarquer, mais cette univers glaçant, rempli de symboles (la présence d'animaux tarkovskiens notamment) laisse peut-être parfois le spectateur un peu sur la touche... Reste à savoir quelles images, après cette petite impression à chaud, continueront de nous hanter, malgré nous.

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