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Van Heflin est une fois de plus parfaitement à la hauteur dans ce polar signé Losey : séducteur, manipulateur, menteur, opportuniste, il incarne ce flic sans foi ni loi avec un naturel qui ferait presque peur. Appelé par une femme esseulée (le mari de celle-ci bossant de nuit à la radio) et fort avenante (Evelyn Keyes, la trentaine et déjà marquée par une certaine lassitude) ayant aperçu un rôdeur dans les parages, notre flic Heflin va tout de suite sentir le bon coup : dès qu'on l'aperçoit de l'autre côté de la fenêtre, à la place du soi-disant rôdeur, on sent que notre ami n'est pas clair et va revenir, à son propre compte, dans les parages... Le soir même (c'est un rapide le Van), il revient faire une petite "visite de contrôle" et il ne va pas tarder à se sentir comme un pacha dans la baraque - quand on le voit, en plus, jeter un regard sur le testament du maître des lieux (testament sur lequel il tombe par hasard), on voit venir, gros comme une maison, le sale coup... Van Heflin fait le malin mais tombe, à son coup d'essai, sur un os : cherchant à embrasser l'Evelyn en lui forçant quelque peu la main, il se prend trois baffasses de sa race. On pense qu'il va la décapiter sur le coup mais notre homme parvient à rester zen - en homme d'expérience, il sait qu'un premier refus aussi violent, n'est pas forcément mauvais signe. Il va revenir pour s'excuser piteusement et va finir par décrocher la timbale - faut dire que la pauvrette "femme au foyer sans enfant" s'ennuie tellement qu'il ne faut guère la pousser pour la faire craquer (Van Heflin, vautré sur le canapé, passe des soirées quelque peu malsaines en compagnie de l'Evelyn, la voix du mari résonnant en direct dans la pièce...) Reste maintenant à être assez rusé pour se débarrasser de ce gêneur d'époux en ayant l'air blanc comme neige.

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Il est futé comme un vieux renard, plein de rouerie, ce Van, et rien qu'à voir ses sales regards de travers (lourds de rancoeur) ou son terrible sourire carnassier quand il se retrouve seul, on sent qu'il a du potentiel pour réaliser les coups les plus tordus ; dès qu'il évoque d'ailleurs la moindre anecdote sur son passé, on perçoit à la fois chez le personnage, toute la frustration, la violence et la volonté de revanche. Ayant honte de ses propres collègues (le pauvre gars po méchant avec sa collection de pierre qui aurait sûrement la palme lors d'un dîner de cons), de son propre taff de flic - se considère comme un pauvre larbin -, on voit bien qu'il est prêt à saisir la première occase pour assurer son avenir... Losey livre une première partie assez anxiogène - on ne sort guère de cet appartement où chaque soir Van Heflin semble avoir installé ses quartiers - puis vient le temps, une fois que la mouche est appâtée, de la mise en place du piège (de la rupture pour titiller les sentiments de l'Evelyn jusqu'au coup "fumeux" où il s'agit de la jouer très fine); tout marche comme sur des roulettes jusqu'à ce que sa partenaire lui annonce une nouvelle qui fait tâche... La dernière partie se déroule en plein milieu du désert (retour à l'Âge de pierre), le Van pensant (naïvement) pouvoir échapper à son destin et se faire une petite place au paradis... A l'image de cette montagne (sociale ? - y'a de cela) qu'il tentera de gravir vers la fin, notre homme, qui se croit plus malin que tout le monde (de l'art de passer pour un joli cœur quand on a l'âme pourrie jusqu'à la moelle), s'est peut-être quelque peu surestimé... Un film de Losey efficace, rondement mené, sans gras - joli sens des ellipses notamment entre les retrouvailles des deux personnages principaux et leur mariage - et un final dans le wild wild west (Calico, dans le désert de Mojave, un endroit que je vous conseille pour passer des vacances paisibles avant de vous tirer une balle) où l'esprit roublard et "aventurier" du gars Heflin a toutes les chances de finir dans une impasse... Noir destin, même pour la canaille...

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Noir c'est noir, c'est