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Ford fut remplacé par Kazan après les premiers jours de tournage, et bien difficile donc, ici, de vraiment voir une quelconque patte du John dans ce récit de "femmes entre elles" qui plonge profondément ses racines dans le sud. Une histoire de ségrégation mais aussi, surtout, de rédemption : une jeune femme noire à la peau extrêmement claire - d'où le surnom de "Pinky", n'est-il pas - va parvenir à s'accepter en tant que telle et à tout faire pour sa communauté, sans chercher à se cacher derrière les apparences... Jeanne Crain endosse ce rôle courageux avec un certain brio, celui d'une jeune femme terriblement coincée et rigide au départ, clairement honteuse de ses origines, qui va peu à peu pleinement assumer sa condition. Face à elle, sa grand-mère qui s'est coupée en trente-deux pour lui permettre de poursuivre des études d'infirmière (Ethel Waters, mama black imposante et droite dans ses bottes) et une vielle dame irascible, Miss Em (Ethel Barrymore, femme à poigne, sévère mais juste) qu,i malgré ses manières froides et autoritaires, va lui permettre d'accéder à toute sa dignité.

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Lorsque Pinky revient dans la maison de sa grand-mère, on ne sait pas vraiment ce qu'elle fuit, mais elle, elle sait parfaitement ce qu'elle retrouve : une grand-mère aimante qui s'est sacrifiée pour elle, qui l'adore mais qui ne se gêne pas pour lui reprocher son étrange silence durant les derniers mois. Pinky ne tarde point non plus à faire face à nouveau aux terribles préjugés raciaux du coin : dès lors que le doute est levé sur ses origines - qu'on apprend d'où elle vient -, flics et connards locaux se comportent comme des chiens avec elle (elle est même à deux doigts de se faire violer). Quand sa nanny lui demande de s'occuper de la vieille Miss Em, mourante, Pinky se rappelle que cette dernière lui avait toujours interdit de venir, gamine, sur sa propriété, et la chtite de ne point tarder à faire sa valise pour aller refaire sa vie dans le Nord... Mais devant le regard noir de sa grand-mère, elle va finir par se plier à sa volonté et à endurer dans la foulée les remontrances constantes de la fameuse Miss Em. Elle est à rude école, mais cette petite leçon d'humilité va lui permettre d'ouvrir les yeux sur elle-même et sur son rôle éventuel dans sa propre communauté. Elle reçoit entre-temps la visite de son amoureux, un jeune docteur blanc, qui semble accepter pleinement ses origines sans trop tiquer... Elle lui promet de venir le rejoindre une fois le sort de Miss Em réglé, mais la chtite Pinky n'a pas encore fini de recevoir du plomb dans la tête.

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Miss Em dans son testament va en effet léguer la baraque et le domaine non point à sa grosse connasse de cousine, mais à Pinky - cette dernière, loin d'être opportuniste, s'était définitivement attachée à la vieille dame (qui lui rend la pareille), renouant du même coup avec ce monde dont elle est issue, ses propres racines (sa façon de s'accrocher sensuellement aux colonnes du lit dans la chambre de Miss Em); seulement cet héritage ne tarde pas à faire jaser en ville, et la cousine d'intenter un procès à notre héroïne pour tenter de récupérer la casa. C'est loin d'être gagné d'avance, clair, mais on sait aussi que le cinéma peut offrir des leçons de justice et de morale capables de nous arracher une petite larme de bonheur... Une solide interprétation, des blancs loin d'être aussi manichéens qu'ils en ont l'air (Miss Em, bien sûr, mais également le docteur et le juge, même s'ils n'assument point jusqu'au bout leur prise de position en faveur de Pinky - sous la bêtasse pression populaire), et un film qui tient dans le fond et dans la forme parfaitement la route (on repense, dans la même lignée (avec un procès final certes moins favorable) à l'excellent To kill a Mockingbird réalisé quelque 13 ans plus tard). Une justice triomphante (qui ne devait point être pour déplaire à John Ford) et une moiteur du sud parfaitement mise en scène par Kazan - notamment lors de ce procès où l'on sent toute la chaleur étouffante, au diapason de l'esprit surchauffé de cette populace enferrée dans ses préjugés. Une bien belle leçon d'humanisme, de pugnacité et un beau portrait de femme (que Ford n'aurait point été capable de signer ?... hum).    

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