PORCHERIE_PORCILE_1969_diaporama_portraitAutant certains films théoriques de Pasolini peuvent m'enthousiasmer (Théorème ou Salo), autant je suis resté un peu de marbre devant ce film aux allures de scandale. Trop allégorique sûrement, trop purement cérébral, ou trop poétique dans le sens abscons du terme, Porcherie est un essai assez froid sur la culpabilité et la morale, et prend souvent des airs de provocation sans s'appuyer sur un fond vraiment fouillé. Ou alors, c'est que je n'ai rien compris, ce qui est encore possible.

On suit en parallèle deux histoires : au Moyen-Age (?), un gars errant dans le désert se découvre une passion pour le cannibalisme, et déguste chaque passant jusqu'à réunir dans son délire tout un groupe de personnes ; de nos jours en Allemagne, un jeune homme incapable d'émotions (amoureuse ou politique) est attiré par la porcherie de sa riche demeure familiale. Moui, bon, ça n'est qu'un résumé ; il y a aussi un petit groupe d'anciens nazis qui évoquent le bon vieux temps tout en se livrant une bataille torve, une jeune fille passionnée par la révolution, et tout ça se termine par la mort des deux principaux protagonistes qui se font dévorer, qui par des chiens sauvages, qui par des cochons.

PORCHERIE_PORParabole sur l'indifférence ? Critique de la perte de morale dans un monde voué à la haine entre les hommes ? Eloge de la naturalité de l'Homme, quitte à en exalter la sauvagerie ? Attaque frontale sur la perte des valeurs politiques et révolutionnaires ? Ou simple brûlot ricanant pour choquer le bourgeois ? On s'interroge pas mal. La partie "cannibale" est assez réussie : une fois encore Pierre Clémenti est ua taquet dès qu'il s'agit d'apparaître dans un film impossible. La succession de plans larges (très beaux cadres sur le désert, avec ces petits personnages perdus dans l'immensité, qui alternent avec des gros plans énamourés sur l'acteur effectivement très photogénique) et l'usage du silence pour ces séquences confèrent aux épisodes une violence cradasse qui n'exclue pas, et c'est très fort, un certain romantisme poétique. PPP retrouve quelque chose de l'implacabilité (cherchez dans le dico, je sais pas si ça existe) de Théorème, et atteint parfois, dans ces porcile_012944plans d'ensemble, une indéniable puissance formelle. Mais la partie contemporaine souffre soit d'un symbolisme un peu lourd, soit de dialogues très sybillins qui brouillent les pistes. Léaud et Wiazemsky ont l'air de croire à leurs conversations à rallonges sur le sens de la responsabilité et l'amour, mais ils nous perdent en chemin. Quant à la partie nazie, elle est caricaturale et trop grand-guignolesque pour convaincre : l'ancien tortionnaire qui joue de la harpe sur le récit des atrocités des camps est vraiment too much, d'autant que Pasolini n'a rien trouvé de mieux que de l'affubler d'une moustache et d'une mèche à la Hitler. Quant à Tognazzi, son jeu est sans nuance, très souligné.

Le film a en plus perdu pas mal de sa puissance de provocation, et apparaît aujourd'hui un peu comme un petit crachat sans importance à la tête des institutions. J'imagine qu'en 1969, ça avait une autre gueule, et je salue le courage éternel de PPP ; mais en notre époque où plus rien n'étonne, Porcherie apparaît comme désuet et sans vraie conséquence.