latalante460Ca fait bien plaisir de revoir de temps en temps ce film bizarroïde qui manie l'avant-garde sous des dehors innocemment "poetico-sociaux". Même si on peut préférer Zéro de Conduite, l'autre film de la courte carrière de Vigo, L'Atalante est tout aussi ravageur dans la forme, et on ne peut que rêver de ce que serait devenu le gusse si je ne sais quelle maladie ne l'avait terrassé en plein vol.

Ce film fait partie, avec seulement une poignée d'autres, des films à la première personne, des journaux intimes que quelques cinéastes arrivent à pondre de temps en temps. Tout est personnel dans L'Atalante : l'histoire d'amour, charnelle, fusionnelle, difficile comme il se doit ; la violence libertaire de l'ensemble, portée en grande partie par un Michel Simon au-delà U487P28T3D646887F326DT20050202154148de tout (il collectionne une main dans un bocal, par exemple) ; la poésie surréaliste, qui culmine avec une scène où Simon fait jouer de la musique sur un disque avec son doigt, ou avec cette noyade renoirienne prise sous l'eau ; le désordre insensé qui règne là-dedans, qui fait entrer le film dans le bidouillage complet, dans l'improvisation totale, dans une sorte de "Merde à tout" qui fait jubiler... En tout cas, par toutes ces choses, L'Atalante est absolument hors-norme, ne pouvant se rattacher à une histoire du cinéma que sporadiquement, d'une scène à l'autre (on retrouve le Renoir de Boudu ou de La Fille de L'Eau, le Murnau de L'Aurore, voire peut-être un poil de Franju, mais c'est bien pour étaler ma culture).

Et puis qui savait, en 1934, filmer le désir et le corps de façon fetchaussi frontale ? Ici, c'est une nuit d'insomnie où la main de Dita Parlo s'insinue sous son corsage d'une taquine manière ; c'est Simon qui fume avec son nombril ; ce sont les constantes allusions à la peau (toilette, tatouages, cicatrices) ; ce sont de petites chamailleries buccales entre amants... Vigo semble bien être l'auteur du premier film érotique grand public de l'histoire du cinéma français, et ce en n'oubliant d'emmerder le bourgeois, d'être un grand poète, et de comprendre la réalité du monde. Magistral, quoi.