dir2Comme toujours avec Lars Von Trier, Le Direktør est poilant, discutable, énervant, prétentieux, subtil, dérangeant, politique, mystérieux, égocentrique, et très réussi. Le gars ne trompe personne avec son nouveau joujou qui radicalise encore plus son idée de dogme (laisser un ordinateur diriger alléatoirement la mise en scène et les cadres) : il est on ne peut plus présent dans son film. Non seulement par ses brusques apparitions dans le récit, où il fait semblant, d'une voix taquine, de rester à l'extérieur de son action, mais aussi dans la trame même, dans le sujet : cette histoire d'imposteur qui prend la place du grand patron au sein d'une entreprise et devient malgré lui un opposant héroïque aux malversations économiques, renvoiedir1 sans forcer au rôle du Director Von Trier lui-même, qui joue subtilement de sa réputation d'intello usurpateur et escroc, d'élitiste brumeux et imposteur. Il a beau prévenir qu'il n'y a rien à chercher dans ce film, que ce n'est qu'une comédie légère sans fond, on n'est pas dupe.

Quant à la forme de son film, effectivement étrange dans son filmage (décadrages brusques, même au cours d'une seule réplique, caméra mobile jusqu'au tournis (mais ça, c'est la marque de fabrique), son à l'avenant, dont il se moque lui-même), elle fait son effet, si on accepte l'esbroufe dir4prétentieuse du bonhomme. Le Direktør est du coup bien rythmé, malgré quelques longueurs, et laisse l'impression d'un "sur le vif" assez intéressant. Il faut dire aussi que les dialogues du gars sont parfaits, avec une mention spéciale à cette scène infiniment précise de drague du patron par son employée. Les acteurs sont parfaits, à commencer par l'"Idiot" Jens Albinus en comédien qui se prend au sérieux, qui a toujours l'air de sortir du plumard. Von Trier dessine les autres personnages avec beaucoup d'humour (la dépressive qui a peur de la photocopieuse, la nympho, le rural au coup de poing facile, le gros nounours, et surtout Jean-Marc Barr, hilarant dans son mutisme), et dresse le portrait d'une "petite entreprisedir3 familiale" chère à Sarko ou à Pernault, complètement gangrenée, et toute chargée en non-dits. On se marre beaucoup devant Le Direktør, il faut le dire, mais c'est encore une fois un rire provocateur et tendu, même si le film est beaucoup moins puissant que les grands coups de boule de Von Trier (Les Idiots, Dogville, Médée). Encore une fois, on aimera ou on détestera, et tant que cet effet-là durera, je continuerai à admirer Lars Von Trier.