18445023Vous savez ce que c'est, c'est dimanche, on attend un rendez-vous qui ne vient pas, on trompe le temps en louant un thriller américain, qu'on souhaiterait plein de suspense, de malice et de rebondissements... Flight Plan est une quasi-catastrophe, uniquement sauvée par le jeu rentré et crédible de Jodie Foster. Sinon, tout y est raté, depuis les "idées" de mise en scène de Schwentke jusqu'aux invraisemblances du scénario. Les premières se résument à ignorer totalement l'espace où se déroule l'action, à ne pas relever du tout la potentialité esthétique du lieu (un énorme avion en plein vol, ses couloirs, ses allées, ses cabines, sa soute, etc.), et à faire bouger sans arrêt une innocente caméra en y adjoignant de curieux bruits de vent (ça donne, pour un travelling latéral à 200 à l'heure, un son du genre wwwwoufff, comme si la caméra elle-même faisait ce bruit, encore plus fort que John Woo). Les secondes sont plus intéressantes : les invraissemblances en lieu clos rappellent un vrai grand film, celui-là, dont Flight Plan est un presque-remake : The Lady Vanishes de Hitchcock.

18445033Partant de la même idée (la disparition mystérieuse d'une personne dans un lieu sans échappatoire : une vieille dans un train chez Hitch, une gamine dans un avion ici), on arrive à des résultats à peu près opposés. Là où les invraissemblances du Hitch étaient tout à fait acceptables, voire jouissives, elles sont dans Flight Plan insupportables. Et réflexion faite, je pense que ça vient tout simplement d'un truc qui fait définitivement défaut à Schwentke : l'humour. Hitchcock arrivait à faire accepter les absurdités de son histoire en renouvellant sans cesse ses idées de mise en scène et ses rebondissements scénaristiladyvanques, malicieusement, et il parvenait à inventer le fameux Mc Guffin, cette fameuse "explication finale" totalement idiote et sans intérêt. Ce que les réalisateurs ricains d'aujourd'hui ont du mal à saisir (de Shyamalan à Fincher), c'est que le coup de théâtre final ne suffit pas à faire un bon film. D'un sérieux papal, Schwentke déploie son histoire en y croyant dur comme fer, et en pensant que ses artifices de petit malin arriveront à faire passer des anomalies énormes dans son script. Je ne vais pas dévoiler le déroulement du truc, sinon je vais me faire conspuer, mais la seule impression qui reste à la fin du film, c'est que tout ça est absolument invraissemblable et que ça se voit. Tout le monde n'a pas la classe de Bouddha.

Voilà. Le reste, c'est le tout-venant : acteurs (hormis Foster, donc) indigents, mépris des seconds rôles, lumières pubesques, musique insipide, et aussi une certaine gêne quand Schwentke se met à vouloir en profiter pour parler du 11 septembre. Il place dans son avion 2 ou 3 arabes, sur lesquels la suspicion plâne illico. Si le gars finit par désamorcer ce doute, il n'en reste pas moins qu'il a joué avec cette idée pendant de longues minutes, que ce soit du point de vue des passagers de l'avion que des spectateurs eux-mêmes. On ne s'ennuie pas vraiment, puisqu'on en repense au Hitch et que Foster arrive à nous tendre vers la résolution "psychologique" de son personnage. Mais bon...