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Voilà une petite chose qui devrait mettre l'ami Bastien en joie : Radu Jude confronte deux versions d'un même fait, les images de l'exécution en 1946 du Maréchal roumain pro-nazi Ion Antonescu (avec trois de ses acolytes) ; d'une part, la version "originale", celle filmée en noir et blanc par un certain Ovidiu Gologanl - du noir et blanc, sec, filmé droit, sans musique, sans parole - et d'autre part la version de 1994 du réalisateur Sergiu Nicolaescu - une version tendant à réhabiliter le Maréchal. Si ce dernier, on le sent, a bien étudié la version historique, il y ajoute, de façon forcément putassière divers effets mélodramatiques qui ne peuvent que nous faire serrer des fesses. De la musique violonneuse déchirante aux paroles tendant à glorifier les derniers instants de l'homme (il lève son chapeau en disant "Longue vie à la Roumanie" - dans la version de base, il lève bien son chapeau mais reste stoïque, droit comme un i, muet comme une carpe), tout écœure. L'après exécution a aussi son importance : alors que son cadavre, dans le doc historique, git sur le dos et montre son visage les yeux hagards, Nicolescu le filme face contre terre, comme pour montrer un homme dormant dorénavant d'un sommeil paisible. Le contraste est saisissant entre le document brut, froid, brutal - un véritable uppercut - et cette version moderne, remplie de couleurs, de musique, de paroles lyriques - une caresse molle ; deux versions, un simple montage en contrepoint et un constat : comment gommer la réalité historique avec quelques effets indignes. La sentence tombe, le film de Nicolaescu, dans sa malhonnêteté, ferait passer un travelling sur un camp de concentration pour une simple petite erreur de goût 

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