American_Vandal

Mais qui a tagué 27 bites sur les voitures des profs de ce lycée bien-pensant et élitiste américain ? Le coupable idéal semble être Dylan Maxwell, abruti de base habitué aux vannes de très bon goût, cancre avéré, sous-débile dépourvu d'alibi que tout accable. Mais le gars se défend de cette blague-là. Un élève apprenti cinéaste vole à son secours et va réaliser ces huit épisodes haletants pour découvrir la vérité : et si sous les apparences vernissées des bons élèves se cachaient des monstres et de viles pulsions les poussant à peindre des appendices phalliques poilus sur les berlines ? C'est la question angoissante et assez hallucinante que se propose de résoudre cette série improbable qui se sert de tous les clichés du cinéma documentaire actuel pour parvenir à l'horrible vérité. Témoignages à visage couvert, caméras cachées, musique angoissante, coups de théâtre à foison, innocents qui s'avèrent subitement douteux, photos accrochées au mur avec des tas de fils partout, toute la panoplie, bien connue depuis Making a Murderer, est déployée pour un film à la fois parodique et diablement malin.

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Très tranquillement, en usant toujours d'un ton mi-figue qui montre bien qu'il s'agit d'une parodie (et une parodie assez fine), les créateurs vous prennent dans les rets d'un suspense qu'il faut bien appeler machiavélique : on est happé par cette enquête complètement crétine à base de bites, anxieux de connaître le fin mot de l'histoire ; on aime ces personnages tout en ambiguïtés, et l'investigation scientifique de l'apprenti-détective (du poil sur le testicule comme élément de preuve à charge), et on se surprend à envoyer l'épisode suivant sans ciller, une légère bave aux lèvres. Sur un postulat complètement idiot, American Vandal parvient à vous construire un solide suspense, prouvant que la forme est tout aussi importante, voire plus, que le fond ; car le suspense, on s'en rend compte malgré nous, repose entièrement sur la façon de raconter, sur l'aspect anxiogène de la mise en scène, sur les effets sonores et visuels d'une histoire qui, filmée autrement, n'aurait été que ridicule. Quand on arrive à tenir une séquence de 20 minutes sur le trajet d'une bombe de peinture dans une villa, ou à fabriquer un questionnement métaphysique hyper-profond sur une bande de cancres d'un niveau intellectuel proche d'un joueur de foot, on peut considérer qu'on a réussi la pari : faire tenir 8 épisodes sur une base impossible. Portée par des acteurs visiblement très heureux d'être là et de faire une bonne blague, pas bête du tout dans sa façon d'observer les nouvelles formes du cinéma-vérité (qui n'a de vérité que le nom), fun, drôle, sarcastique, la série nous en donne en plus pour notre argent, sachant transcender son côté potache par un vrai talent d'écriture : satisfaction.

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