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Avec des petits malins comme Shyamalan, ça passe ou ça casse. Comme tout tient, en gros, sur le dernier quart d'heure, censé vous scier sur place, il s'agit de rester suffisamment intéressant pendant l'heure et demie qui précède pour vous faire rester dans la salle quand même. Ça marchait bien avec The Visit, par exemple. Mais là, avec Split, le gars retombe dans ses travers passés. Non seulement le film est uniformément ennuyeux, mais en plus même le dernier quart d'heure est raté et décevant. On passe donc son temps à bailler aux corneilles devant ce film roublard, qui vous fait sans cesse attendre les choses et ne vous les donne jamais.

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A commencer par le pitch de haut d'affiche : un gars possédant 23 personnalités, diable diable, voilà qui fait passer Psycho pour du pipi de chat. En fait, on n'en verra que 4 ou 5 réellement, les autres n'étant qu'au mieux vaguement esquissées. Quant à la fameuse 24ème, celle qu'on attend nerveusement pendant 100 minutes, c'est certainement la plus naze, le gars a dû abuser des films de super-héros pour amener une résolution aussi fade. Bon, donc l'histoire : un psychopathe schyzophrène enlève trois jeunes filles, pour les préparer à la venue d'une personnalité encore cachée qui risque d'éclore prochainement. En attendant, il leur met les miquettes en venant les voir déguisé en femme (option lèvres pincées), en gamin de 9 ans (option zézaiement) ou en couturier gay (option sourire radieux). Parallèlement à cette histoire, on suit les visites du mec à sa psy, psy qui commence à se rendre compte que le type est plus dangereux qu'il n'y paraît. A chaque seconde du film, on entrevoit les 47 possibilités qu'auraient les filles de s'enfuir : au début du film, l'une d'elles propose de tomber purement et simplement sur le gars et de le massacrer, mais une autre dit "nan, c'est pas une bonne idée, il nous ferait mal"... dès lors, on se dit qu'on est mal barrés dans la crédibilité de la chose. Ensuite, effectivement, c'est un festival d'incohérences : le gars sépare ses otages, voit sa psy sous une personnalité alors que c'est une autre qui l'accapare, on s'échappe par des tuyaux de chaufferie, on s'entrebouffe... on n'y comprend strictement goutte, peut-être aussi parce que le gars use d'un montage absolument incohérent : impossible par exemple de comprendre la disposition de cette prison, et du coup de voir où sont les prisonnières. La gestion du temps est complètement éclatée et illisible, tout comme les caractères de ces filles (des actrices de seconde zone, complètement nulles). Bref, vous l'aurez compris, on contemple cet objet d'amateur avec béance, et on se rend bien compte que Shyamalan, depuis toujours, est un simple amateur, qui ne sait pas monter, pas diriger ses acteurs, et qui n'a aucun sens de la mise en scène, qui fabrique ses films sur un concept et ne voit pas plus loin.

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Seul atout de Split : son acteur (James McAvoy), très marrant, pas dirigé et qui du coup se débrouille tout seul avec les bribes de personnages qu'il a en charge. C'est du travail à l'américaine, hein, c'est-à-dire que le gars tient toujours à ce qu'on voit bien qu'il est génial, montre la sueur sous les aisselles et lorgne côté Oscar ; mais il met beaucoup de fun dans ses compositions, on sent le plaisir du déguisement, c'est pas mal. A part lui, le film déploie sa triste trame ennuyeuse (à part la scène inaugurale, tiens, vraiment pas mal) et ressemble à un pet dans l'eau.