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Lee Unkrich reprend seul les rênes de la saga, et c'est une merveille. Cet opus 3 retrouve la magie du premier, après une suite trop chargée, et y ajoute un aspect qui tend à devenir habituel dans les productions Pixar : la présence de plus en plus pesante de la Mort, comme si le cartoon quittait enfin les rangs strictement réservés du jeune public pour s'ouvrir à des thématiques beaucoup plus sombres.

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Tout est automnal dans Toy Story 3. A commencer par le sujet de départ lui-même : Andy, petit garçon des précédents épisodes, est devenu un ado (comme le public de Toy Story en général, puisque la série a commencé il y a 15 ans). Nouvelle menace pour les jouets : vont-ils finir à la décharge, au grenier, ou Andy va-t-il les emmener avec lui à l'université ? Dès le début, on sent quelque chose de crépusculaire dans cette agitation hystérique des héros du film, qui pour oublier la fin proche, surenchérissent dans leurs efforts pour être intéressants. Une des premières scènes montre l'essentiel de la distribution englouti dans une benne à ordures. La suite ira crescendo : les jouets si mignons d'antan sombrent dans une atmosphère de plus en plus délétère, de boîtes/cercueils en décharge publique. Le film continue à être drôle et enlevé, mais indéniablement on sent là-dedans une mélancolie, une tristesse, un nihilisme proches du très beau Wall-E. Il est sans cesse question d'abandon, de perte, de vieillissement, de maladie. On ne compte plus les jouets démembrés, salis, cassés, démodés, qui peuplent le film. Très belle idée, notamment, que cette galerie de personnages dans une crèche : ils sont tous abandonnés, ils ont été légués par des adolescents ou trouvés dans la rue. Tout cabossés, lâchés aux mains d'enfants turbulents qui ne les aiment pas, ils sont devenus aigris, dépassés, voire, et c'est le plus beau, sont passés du côté obscur des choses. Les méchants, ainsi, sont parfaits : une poupée-bébé à l'oeil mi-clos, un Ken effrayant de conformisme, un singe à tambour proche d'un film d'horreur, et surtout un ours en peluche rose, qui sent la fraise, et qui aurait pu être le héros de nombre de films Disney passés  ; ici, c'est un bloc de rancune et de frustrations, devenu tortionnaire par dégoût du monde. Toy Story 3 enregistre le défilement du temps, et épouse en quelque sorte le vieillissement de son public : il prend acte de la disparition de la magie enfantine, et c'est plus que courageux.

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Point culminant de cette atmosphère : le dernier quart-d'heure, à la fois bouleversant (la petite larme vient toute seule) et plein de terreur. Les héros sont happés par le tapis roulant de la décharge publique : convaincus que leur fin est arrivée, ils renoncent à se battre, acceptent leur mort, et se serrent par la main en attendant le feu qui s'approche. C'est tout bête comme idée, mais inséré au sein d'un dessin animé, c'est extraordinaire. Le film semble nous dire qu'il faudra bien un jour qu'on se débarasse de cette magie sucrée, et qu'on affronte enfin le vrai danger. Ensuite, après un happy-end tiré par les cheveux, il est question de transmission, celui d'Andy qui lègue ses jouets à un nouvel enfant. Pendant deux minutes, on nous montre les derniers feux d'une enfance terminée, un ultime baroud d'honneur pour cette bande de toys à laquelle on s'est attaché. Malgré son rôle secondaire, Andy est un magnifique personnage, encore à cheval sur deux univers, et qui fait ici un dernier adieu à son enfance. Poignant. Le film reste dans ses bottes pour tout ce qui est scènes d'action, traits d'humour, etc. Mais pour cette ambiance-là, pour cette nostalgie ravageuse qu'il travaille avec amertume, on s'incline bien bas. Tout secoué, le Gols... (Gols 02/09/10)


Le Shang ne fut point en reste pour verser quelques grosses larmes de crocodile alors que le feu menace de fondre tous ces toys qui décident, dans un ultime geste plein de solidarité, de tous se serrer la pince. Une séquence éminemment dévastatrice... Toy Story 3 se teinte donc, comme le souligne l'ami Gols, d'une évidente noirceur - quelle idée que cette prison pour jouets innocents... - tout en n'hésitant point à inscrire ce récit dans une contemporanéité inquiétante : les caméras de vidéo surveillance qui quadrillent... cette garderie avec aux commandes le singe musicien le plus fracassé qui puisse s'imaginer - proprement glaçant quand on y songe. Plusieurs nouveaux personnages valent le détour parmi cette galerie de jouets viciés et vicieux : ce grand bébé borgne semble en effet sortir tout droit d'un film d'horreur (la terrible séquence au clair de lune avec sa tête qui vire à 180 degrés, j'en ai encore des frissons) mais la palme revient sans doute à ce gros nounours parfumé, paternaliste et obséquieux en diable, pourri jusqu'au kapok. Parmi les anciens, c'est toujours un plaisir de retrouver ce couillon de dinosaure vert toujours ultra optimiste et gai-luron, véritable imbécile heureux dont chaque intervention me plie en quatre. Buzz nous gratifie pour sa part d'un délire en espagnol terriblement clicheteux, mais sa manière de draguer et de danser est tellement fendante, au final, qu'on serait prêt à le suivre au-delà de cette putain d'éternité. Un troisième volet tout en ombres tamisées qui clôt (je dis ça, j'en sais rien en fait) avec panache cette trilogie où les toys ont rarement autant de profondeur humaine. Une pensée amicale et sincère pour mes pauvre Playmobils sur le qui-vive depuis des lustres dans le terrible sous-de-toit de ma chambre - vont encore se les peler grave cet hiver. (Shang 26/10/10)

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