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29 septembre 2023

L'Ombre du Vampire (Shadow of the Vampire) de E. Elias Merhige - 2000

80

Grosse grosse déception de voir notre ami Merhige, après le dingue et génial Begotten, se complaire dans le cinéma commercial à stars. Et s'y planter de façon aussi magistrale qui plus est. On attendait certes notre homme de pied ferme dans cette relation du tournage étrange de Nosferatu de Murnau, d'autant que le scénario en adopte toutes les légendes : Max Schreck, l'interprète du vampire, était-il réellement lui-même un suceur de sang ? Son rôle lui est-il monté à la tête jusqu'à le rendre fou ? Murnau était-il au courant de ses torves activités, et en a-t-il abusé ? L'univers dans lequel évoluaient tous ces gens était-il si dépravé qu'on veut bien le dire ? Le film tranche : oui. Ou en tout cas, quand la légende est plus belle que la réalité, il importe d'imprimer la légende. D'où une atmosphère qui se voudrait de plus en plus oppressante sur le tournage du chef-d’œuvre muet, autour de cet être étrange, sombre, secret, qui ne quitte jamais son costume et va jusqu'à dormir dans un cercueil ou butiner le sang des membres de l'équipe pour être dans le personnage. C'est Willem Dafoe qui joue l'acteur, et c'est le premier souci : l'acteur cabotine et tombe dans les pires clichés du personnage. Jamais crédible, pris en flagrant délit de construction fastidieuse de personnage, il tente de tirer la couverture à lui et fatigue très vite. C'est peut-être la première fois qu'il me paraît à côté, preuve que Merhige n'est pas un directeur d’acteur.

lombreduvampire2000p2

Mais bien pire : il est opposé à Malkovitch en Murnau, et là c'est terrible. Le jeu daté de l'acteur, tout en facilités (la suavité et la lenteur de jeu), gâche tous les rapports de celui-ci avec les autres acteurs, et donne un Murnau clicheteux, foncièrement antipathique. Le reste de l'équipe a beau faire ce qu'il peut, le film se concentre uniquement sur ses deux stars, oubliant de créer un univers cohérent. La lumière, le décor, la musique, tout est d'un conventionnel avéré, et le montage irregardable finit d'achever : les plans hyper-cut, très courts, la plupart du temps insignifiants sont collés façon staccato, et empêche la lecture. Ajoutez à cela un scénario rempli de conventions (le portrait d'Hollywood à l'époque, comme on l'a déjà vu 1000 fois), plein de situations usées jusqu'à la corde, et vous aurez une idée de mon désarroi, après les fulgurances expérimentales de Merhige dans le passé. Comme si Grandrieux réalisait Pouic-Pouic, genre. Morne plaine.

Sans titre

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