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7 août 2026

Jeunesse : Le Printemps (Qingchun) (2023) de Wang Bing

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Bon, je crois que je vais faire une petite pause dans les films de trois heures (et plus) parce qu'il faut reconnaître que ça assomme un peu son homme. Certes, c'est Wang Bing, on lui pardonne, il a déjà fait pire (en terme de longueur) et on sait surtout à quel point sa caméra est capable, comme personne d'autres en ses terres, de capter toute "l'énergie" (positive ou négative), toute l'atmosphère qui se dégage d'un endroit. Il pose cette fois sa caméra dans la ville de Zhili située dans la province du Zhejiang, à quelques encâblure de Shanghai. C'est dans cette "cité de la couture" que se trouvent de multiples ateliers de confection de vêtement et les dortoirs attenant pour les jeunes ouvriers qui viennent des provinces chinoises les plus pauvres (celles de l'Anhui ou du Henan en particulier). Ils sont jeunes, filles et garçons, motivés pour trimer comme des bêtes sur leur machine à coudre, dans l'idée de gagner quelques centaines d'euros par mois - en fonction du rendement, des pièces à assembler... On est autant scotché (ou cousu sur place ?), dans un premier temps, par l'énergie qui se dégage de ces fous-furieux... de la machine à coudre que par l'environnement pourri (des couloirs et des balcons pleins d'immondices, des rues dégueulasse où l'on jette le tout venant) de cette ville-poubelle... On sait que le petit Chinois trime, on sait que certains endroits ne respirent pas la propreté absolue (huit ans de Chine à mon actif, ça vaut presque autant, en terme de risques pris à fréquenter certains restaurants à l'hygiène douteuse, que d'avoir traversé la guerre du Vietnam), mais on est là sur des cadences de travail et sur une misère environnementale qui laissent tout de même pantois.

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Pour le reste, on navigue aussi constamment entre deux eaux, des eaux troubles et des eaux plus rafraichissantes : d'une part, Wang illustre parfaitement la dureté des rapports, qu'il s'agisse de rapport entre deux individus travailleurs (un combat violent éclate dans un atelier entre deux mecs vexés - enlevez-lui les ciseaux des mains, merci), entre homme et femme (amis du romantisme bonsoir ; on passe plus son temps à chahuter, à se donner des petits coups sournois, qu'à s'embrasser tendrement... ; et je parle pas de ce couple "flirtant à la dure" et de cette fille qui maltraite constamment, physiquement et psychologiquement, ce prétendant apparemment pas au niveau ...) qu'entre employés et employeurs : il faut pour les ouvriers, chaque mois, ou avant chaque retour annuel chez soi, batailler comme des dingues pour avoir une augmentation minime. Les ouvriers, en solo ou tous ensemble, font des pieds et des mains pour faire céder des employeurs... rarement réceptifs (pour ne pas dire jamais) à leurs revendications... Alors oui, au moins, face à ces patrons du privé, ils ont la liberté, la possibilité, de se battre pour leurs droits, ou disons pour la reconnaissance de la valeur de leur travail... Mais cela reste long, tendu, et très rarement payant... Tu finis souvent par prendre ton petit pactole en cash (pactole dûment mérité, sans même qu'on aie besoin de savoir le nombre d'heures qu'il leur a fallu faire pour gagner chaque billet rouge) et tu remises par devers toi ton petit sourire jaune. Chiens de boss...

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Mais d'autre part, malgré tout, et c'est peut-être ici aussi le plus étonnant, on voit en action toute l'ardeur de cette jeunesse qui, entre trois coutures et deux coups de ciseaux réalisés à toute blinde, prend le temps de lancer une vanne, de téléphoner, de se dandiner en écoutant de la musique pop ou électro locale, de se marrer, de se titiller, de flirter (et de se prendre des vestes... oui, forcément). Ces jeunes, qui passent une grande partie de leur temps libre sur leur téléphone portable et les messagerie du cœur, demeurent des animaux sociaux rêvant encore et encore d'une union rapide... Bon, on voit bien que lorsqu'il est question de mariage... ou d'avortement (je mets un peu les deux actions sur le même pied d'égalité, volontairement), on n'est pas dans le romantisme à tout crin. Le rôle des parents reste crucial et l'employeur, sur le dernier sujet notamment, se permet aussi d'avoir son mot à dire... C'est pas franchement rose télétubbies, mes amis, ces éventuelles histoires de cœur et d'enfant (on garde, on garde pas ? Mouais, allez...). Cela reste même assez rugueux  pour nos petites âmes européennes tout confort... Mais, mais, quand même, demeurent ces petits flirts constants entre nos travailleurs : on en plaisante, on en discute des heures, on se pince, on chahute, ce n'est pas toujours d'une tendresse infinie mais chacun de ces jeunes, loin de chez lui, indépendant, s'y adonne avec plus ou moins d'espoir ou de réussite... Du coup, ce petit monde cauchemardesque qui résonne constamment du bruit des machines, n'est pas non plus un enfer total : chaque jeune, avec sa foi et ses espoirs, tente tant bien que mal de tirer sa petite... épingle du jeu. Rugueux, duraille mais pas dénué d'une certaine fougue (et sans aucun apitoiement sur soi-même - mais on le savait déjà, cela demeure notre richesse et notre héritage culturels).  (Shang - 25/09/23)

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Bon sang, le monde est fou, décidément. Et Wang Bing en est un observateur acéré. Tout ou presque a été dit par mon sinologue de collègue (qui arrive même à orthographier Zhejiang sans faute) au niveau de ce que ça raconte, de l'horreur totale que constituent ces vies enfermées dans un travail abrutissant, toxique, mal payé, ingrat, humiliant, inutile ; ces vies qui, comme tout loisir, n'ont que les applis de rencontre, les balades dans les rues immondes d'une ville laide ; ces vies qui, comme tout espoir, n'ont qu'un mariage arrangé avec un être même pas aimé, qui vous engueule toute la journée parce que vous avez pas d'argent. Le dernier carton du film nous informe que des dizaines de milliers de jeunes Chinois travaillent dans ces antichambres de l'enfer, et on se dit que le capitalisme fait décidément bien des victimes. Sur les 3h45 du truc, on a l'impression d'avoir été immergé dans ces existences ingrates, gâchées, d'avoir partagé très intimement cette poignée de destins placés sous le signe de la crasse, de l'horizon bouché et de l'esclavagisme moderne. La durée, justement, parlons-en : on a l'impression que le film est trop répétitif, que Bing aurait pu couper, que ça piétine. Mais je m'insurge : la durée fait partie du voyage. Dans la première heure, on s'acclimate, on se scandalise, on découvre bouche bée ; et au bout de ce temps, on commence par accepter cet univers, par remarquer les personnages particuliers, et par, oui, trouver ça et là quelques moments plus légers au milieu du marasme. Un film qui vous colle un solide cafard, mais un film sur la jeunesse, qui continue à survivre même sur le tas de fumier : la suite au prochain épisode...  (Gols - 07/08/26)

 

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