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24 septembre 2023

L'Arbre aux Papillons d'Or (Bên trong vo kén vàng) (2023) de Thien An Pham

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C'est un film long, lent, un film de plan-séquences intelligemment agencé, une quête autant personnelle que spirituelle un peu longuette, il est vrai, mais qui donne à voir quelques très beaux moments de cinéma. On comprend vite que les références du jeune cinéaste vietnamien sont plus du côté de Tarkovski ou de Tsai Ming-Liang que de Nolan ou Kounen : on est là dans un cinéma qui joue avec les espaces, qui panote et travelling tranquille, avec un grand soin apporté aux fonds sonores, à ses variations. En cela, on plonge véritablement dans ce monde et, même si on regrette parfois que An Pham se regarde un peu trop filmer (c'est un premier film, il peut parfois un peu pêcher par excès - ce lavage de scooter ou cet appel du coq, tout de même, ça tire en longueur), on apprécie à sa juste valeur le parcours de ce jeune homme, Thien : ce retour vers le monde rural de son enfance, ce retour vers son passé et les interrogations fugaces sur le sens de la vie qui s'en suivent - le tout, sous l’œil fugace d'un Dieu caché derrière le brouillard ou emmêlé dans les algues d'un fleuve. La première scène, déjà, est relativement intrigante et constitue une merveilleuse "matrice" du film à venir : on évoque la question de la foi, un voyage dans la montagne puis survient cet accident de scooters, une tragédie prémonitoire en soi. Notre héros, en effet, alors en plein doute spirituel, livré aux mains expertes d'une masseuse, va recevoir une sorte d'appel d'outre-tombe : sa belle-sœur est très gravement blessée et laisse un gamin ; le père, le frère de Thien, a lui disparu... Thien, suite au décès de la belle-sœur, prend en charge le gamin et ramène le corps de la fille dans son village natal (dont il vient également)... L'occasion pour lui de croiser un vétéran de la guerre, une ancienne amoureuse qui a pris le voile, et de partir entre rêve, illusion, paysage de purée de pois et réalité sur les traces de son frère : vision, révélation, magie et désillusion sont au programme...

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La belle réussite du film de Thien An Pham est de ne pas chercher outre-mesure à nous imposer des certitudes : on flotte toujours dans cet état d'hébétude, rêvant les yeux ouverts, autant devant ces paysages qui coupent le souffle que devant ces personnages qui cachent ou qui révèlent leur secret, s'ouvrant avec ce héros en plein doute (spirituel) aux coïncidences magiques de la vie. Cela donne quelques grands moments de cinéma : ce plan-séquence "à la Bi Gan" où l'on suit notre héros en scooter jusqu'à ce vieil homme dont on va véritablement "pénétrer" l'intimité (et ce magnifique mouvement de caméra prend alors tout son sens - de l'extérieur vers l'intérieur du vieux) mais aussi cette extraordinaire scène d'amour lors de laquelle notre héros semble revivre en direct son passé (une petite cloche qui réveille littéralement son ange... qui s'est depuis coupé les ailes)... S'il est beaucoup question de foi, de rites catholiques, de signes quasi divins, si l'on comprend que ce voyage géographique, ce retour au source, constitue une sorte de nouveau baptême pour notre héros (il voit avec des yeux nouveaux les merveilles du paysage et tente de "redécouvrir" les gens qu'il a quittés (son ex-aimée, son frère, éventuellement...), on garde malgré tout toujours un pied dans la réalité (ce périple en scooter et ses galères) ; certes, le cinéaste, à chaque fois que son héros s'endort, s'amuse un peu, à la Hong Sang-Soo, à brouiller les pistes entre visions et réalité (on a l'habitude de ce procédé qui a fait ses preuves) : mais cela se fait avec un joli naturel (ce "réveil" dans le brouillard (rêve ? ah ben non réalité) ; ce barrage de "zébus" qu'il force (rêve ? sans aucun doute) et la quête de Thien se suit paisiblement, à son rythme, sans qu'on ne se pose non plus trop de questions : il semble revenir à l'essentiel, assume certaines responsabilités (trouver un lieu pour l'enfant, tenter de comprendre son frère, d'imaginer ses choix) tout en prenant pleinement conscience du monde qui l'entoure, sa beauté, ses surprises, ses petits aléas. Une œuvre belle et ample, somptueusement réalisée dans la conception des plans et du son, qui, à défaut d'être tout le temps subjuguante, montre un jeune cinéaste prenant son envol - sur la trace des grands ? On l'espère.

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