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7 octobre 2023

Interdit aux Chiens et aux Italiens (2023) de Alain Ughetto

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On aime par essence ces petites choses réalisées avec de la colle Uhu et des ciseaux à bouts ronds. De l'artisanal, oui monsieur, mais de l'artisanal de très belle facture, simple et efficace ; et pas seulement pour épater la galerie mais pour montrer que le réalisateur lui-même est issu d'une longue lignée d'hommes (et de femmes) qui ont toujours su tirer le meilleur parti de leurs mains - pour preuve, les outils confectionnés et utilisés par l'aïeul qui apparaissent à l'écran, sur la fin, ainsi que la main du réalisateur qui s'invite de temps en temps dans son décor. Un fond, donc, joliment pétri, mais au service d'une histoire qui ne manque pas d'intérêt - surtout en ces temps d'isolation nationale vomitive. Il est ici question de la migration de Ritals (Claude, si tu nous écoutes) qui, après avoir trimé dans les montagnes italiennes, sont venus en France pour participer à des chantiers démentiels tels que la construction d'un tunnel ou d'un barrage. Parce que les Ritals n'avaient pas la vie facile, parce que les Ritals n'étaient pas des fainéants, parce que les Ritals n'étaient pas des plaintifs, parce que les Ritals passaient outre le racisme classique de ces bons Français (le titre étant suffisamment parlant pour ne pas avoir à rappeler ici la grande variété d'insultes que nous avons à notre disposition pour nos voisins européens), ils l'ont fait.

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Le cinéaste remonte donc le temps, jusqu'à ses grands-parents perdus dans la montagne italienne, grands-parents qui durent se contenter de peu au niveau nourriture (avec tous leurs bambins pourtant) et travailler d'arrache-pied : un piolet greffé à la main pour le grand-père, quand il ne s'agissait pas d'aller faire la guerre en Libye au début du XXème siècle ou sur le front en 14... Ça casse du caillou, ça cultive presque rien, ça voit ses bambins ou ses amis partir (le plus souvent aux cieux... les temps furent durs) avant de croire à un avenir meilleur en Amérique... Amérique qui suite à un petit problème technique deviendra la France... Le père du cinéaste, travailleur nomade, continuera de bouger dans le sud montagneux de la France et on suivra toute la famiglia pendant des temps un peu plus apaisés avec cette maison au milieu des collines (un terrain sobrement baptisé Le Paradis) - et toujours des poignées de bambins autour de la table et le tour de France pour animer les étés... Une vie de labeur, encore et toujours, avec son lot de drames (les cercueils se ramassent à la pelle) et, une nouvelle fois, de guerre (la seconde cette fois-ci). Une histoire pour le moins pleine de hauts et de bas, d'aventures et de travail, contée d'un ton qui ne se fait jamais lourdement mélodramatique ; le cinéaste, en effet, se contente de décrire les aléas de cette vie de travailleur italien en terre française sans insister sur le lot de malheurs (la France, éternelle terre d'accueil pour peu que tu bosses comme un dingue et pour pas cher et que tu apprennes à la fermer - l'immigration en France, une histoire de respect...). En une heure, on est tout autant ravi par ces petits décors façonnés manuellement et souvent très jolis que par ce récit plein de rebondissements, de résilience, de tragédies, de fierté ; fierté d'être au bout de cette lignée d'hommes et de femmes qui, malgré l'adversité, malgré les difficultés, malgré les quolibets, n'a jamais baissé les bras pour vivre, survivre et s'occuper des siens. Une belle petite leçon d'humanité pour les cons (et les autres aussi) racontée de la plus belle des façons.  (Shang - 26/06/23)

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C'est bien bien joli, je suis mon Shang sur cette impression, et tout de noblesse également. Avec une sincérité touchante, Ughetto se penche sur le passé douloureux de ses aïeux, rompus au travail harassant et aux morts prématurées, traités comme du bétail par les Français, envoyés comme chair à canon dans les tranchées, mais se battant jusqu'au bout pour leur survie et quelques bouts de tendresse. Il y a dans la forme du film des choses magnifiques, comme les couleurs, très chaudes malgré les gris prédominants, comme cette vache-jouet immuable, comme ce joli dessin des personnages, enfantins quels que soient leur caractère (du rebouteux à l'employeur raciste, du grand-père aimant aux enfants), comme cette belle idée d'inscrire dans l'histoire les interventions de la main de Ughetto, comme une illustration directe du pouvoir de transmission. Formellement, le film est vraiment merveilleux, et malgré la dureté de ce qui nous est raconté, il ne se départit pas d'une douceur et d'une chaleur communicatives. Plus partagé, c'est vrai, sur le fond, qui prône une sorte de morale un poil réactionnaire, rempli de valeur-travail et de motifs judéo-chrétiens (la souffrance comme vertu ultime), une sorte de déification du passé ("Aaaaaaah c'était mieux avant, quand nos grands-parents se tuaient à la tâche en se contentant d'une patate"). Un ton un brin devillieriste, quoi, mélé à une petite musique "Jambon Herta" fatigante, qui m'a empêché de m'enthousiasmer complètement pour ce film passéiste et bien-pensant. Techniquement adorable, moralement discutable.  (Gols - 07/10/23)

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