Elvira Madigan (1967) de Bo Widerberg
Si vous êtes d'humeur champêtre et printanière, je ne saurais que trop vous conseiller cette œuvre romantique campagnarde de l'ami Widerberg. Peut-on vivre d'amour et d'eau fraîche sans petits pains grillés ? Dès le départ, c'est un peu abrupt, on vous annonce que non : nos deux jeunes amants, nous dit-on, se sont suicidés... Mais on n'est pas non plus obligé de prendre au mot cette introduction fataliste et on peut tout à fait, un peu naïvement, commencer à croire à cette idylle dans les prés : il a quitté l'armée, est donc déserteur, a quitté femme et enfants, est donc cocufieur mais notre homme s'en fout puisqu'il n'a d'yeux que pour son Elvira. Elle faisait partie d'un cirque, marchait sur un fil avec toute sa blonde grâce et ses mollets juvéniles (un sens de l'équilibre que je trouve pour ma part extraordinaire mais faut dire que je ne tiens pas sur une jambe : si je me réincarne un jour en flamand rose, je suis mort direct) et s'est enfuie avec son bon soldat qui répond au doux nom de Sixten (le frère de David LaChapelle ? tss tss). On les retrouve, au pied d'un arbre, dans l'herbe haute, mangeant fromage et raisin, buvant vin : ils ont tout quitté, ils ont tout. Tout, oui, même de l'argent. Assez ? C'est bien sûr là où le bât blesse, parce que vivre en auberge et pique-niquer, mine de rien, c'est un budget... Reconnus par des gens mal avisés, ils fuient, l'argent se fait moindre... Il tombe sur un ami très cher à lui, un soldat, qui cherche à le ramener à son foyer... en vain. Sixten et Elvira en ont depuis longtemps terminé avec les petites contingences humaines, ils vivent leur amour - mais, il est vrai, de plus en plus près des pâquerettes...
On est dans la belle image (la campagne suédoise, quand il fait soleil une fois par an, c'est jouli), dans la belle musique (Mozart et Vivaldi, c'est pas les deux compositeurs les plus manchots en terme de violon), dans la douce jeunesse souriante (elle est blonde comme les blés, il est moustachu comme un gendarme français)... Ils vivent de regards, de lectures, de repas sains mais quand l'argent vient à manquer, que les boulots leur échappent, la tension ne peut que finir par se pointer... Et pourtant ils s'aiment, se pardonnent toujours tout, en silence, mais on voit bien, quand elle commence de manger n'importe quels champignons, puis des fleurs, puis des trèfles, que tout cela ne tourne pas non plus très rond... Widerberg, c'est le moins qu'on puisse dire, ne cherche pas à charger la mule au niveau des rebondissements, ils suit doucettement son petit couple, romantique à mort, en attendant que la mort, justement, tranquillement, prenne le relais... Les couchers de soleil en bord de mer c'est bien beau, mais cela ne nourrit pas son homme, indiscutablement... Isolés, sans le sou, on sent que cette petite balade dans les bois avec ce panier de pique-nique aux allures de peau de chagrin risque bien de mal se terminer. La liberté en amour a un prix. Widerberg, à défaut de trousser une passion qui passionne, livre une histoire d'amour passionnel en évitant tout mièvrerie superflue, une douce histoire d'amour qui s'éteint au son des violons. Doux - mais un peu mou.



