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11 octobre 2022

XCXHXEXRXRXIXEXSX (2022) de Ken Jacobs

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Un petit film porno vintage totalement remixé, étiré à l'infini, stroboscopisé, ça vous dit ? Je dois reconnaître que l'expérience est un rien fastidieuse, pas vraiment, érotique,  bien au contraire mais permet au moins de se poser deux-trois questions sur les possibilités multiples et diverses du cinéma par rapport au traitement de l'image - si le film original n'aurait apparemment pas déplu à Picasso, Godard aurait aussi dû avoir son petit avis sur cette version moderne...et hypnotique à défaut d'être passionnante. Puisqu'on ne se refait pas, évoquons l'histoire, hein d'abord... Hum... Deux cueilleuses de cerises (mais oui, vous aviez discerné les cherries cachés dans le titre entre tous ces X) sans culotte, du joli, se font alpaguer par un moustachu : il met la main au panier (sans cerise, hein) de la première et cueille la seconde dans son arbre (avec la queue ? pas encore, ne vous excitez pas). S'en suivra diverses scènes de 69, de 138, de 207... bref, tout ce qui permet à trois personnes de se lécher assidument ou de s'emmancher tranquillement. Bon, pourquoi pas... Mais Jacobs, en alternant positifs et négatifs (je parle des images en noir et blanc, bien entendu), en répétant à l'envi les mêmes mini-séquences (ça avance, ça recule, ça sort la langue, ça la rentre, mais la progression se fait toujours image par image, au millimètre, revient même parfois en arrière), en distordant les cadres, en tentant des zooms, livre une œuvre expérimentale où le sexe semble un éternel acte suspendu, un éternel orgasme suspendu, même, si j'osais...

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La répétition tant et plus des mêmes mouvements amplifie cette impression de mécanique amoureuse (comme certains parleraient de la mécanique des femmes, fallait bien que je le place), une mécanique qui peu à peu se vide de son sens jusqu'à devenir, paradoxalement, pure abstraction : ces gros plans qui pixelisent à mort l'image où ces corps en mouvements, ces corps qui s'emboîtent, ne sont plus finalement que des taches... Si ces scènes masturbatoires - avec en cadeau, sur la fin, en bonus, une pénétration dans les règles - sont assez facilement reconnaissables au départ de l'action, elles finissent par se vider de leur substance chemin faisant (tout comme notre homme ? On peut rester sérieux, deux minutes, ou c'est plus la peine ?), par devenir des sortes de posture épileptique où le désir se fait machinal, animal, banal. Des pures formes, sans véritables attraits sexuels (ces deux fesses dont on s'approche avec la même lenteur que lors d'un alunissage...), des sexes féminins béants dont le noir semblent finalement plus faire référence à l'origine du cosmos (du monde ? Courbette révérencieuse) qu'à un quelconque érotisme fringant... Bon, il faut avoir un peu de temps à perdre pour se faire la chose en entier (quatre-vingt minutes très très dilatées... comme ?) mais l'expérience permet au moins de réfléchir en chemin à ce petit jeu que constitue cet art du mouvement, infiniment renouvelable, modifiable, jouissif qu'est le cinéma. To Ken or not to ken. Des questions ?

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