On l'appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità...) de E.B. Clucher (alias Enzo Barboni) - 1970
Mitch n'aurait pas disparu dans les limbes, il se serait sûrement étranglé devant cette nouvelle entrée shangolienne, qui est au western ce que Cap'tain Igloo est aux produits de la mer. Certains ont torturé pas mal le genre, Barboni le dévoie carrément, le piétine et lui assène un petit crachat en partant. Le pire est que ça fonctionne plutôt pas mal : à défaut d'avoir tout ce qui nous plaît d'habitude dans le western (du glamour, de l'action, des clichés ricains, des canassons, des petites pépées), on récupère tout un tas d'aitres motifs : la dérision, l'irrévérence, l'immoralité. Bon, on se calme, on n'est pas non plus dans le néo-punk : On l'appelle Trinita est familial, et pratique une provocation de collégien. C'est l'histoire d'un gars as de la gâchette, connu dans tout le Texas comme "la main du Diable", par ailleurs paresseux, paillard, aimant la bagarre et bouffer comme un cochon (Terence Hill) qui retrouve son frangin, un type as de la gâchette que tout le monde appelle "la main du Diable (mais la gauche)", renfrogné, grincheux, par ailleurs hors-la-loi recherché qui se planque derrière une étoile de shérif usurpée (Bud Spencer). Tous deux vont s'allier malgré leurs dissensions pour protéger un groupe de Mormons qui veut s'installer dans la vallée, et que le méchant Farley Granger veut déloger pour y mettre ses chevaux à lui.
La spécialité du duo, dès ce film qui présente leurs premiers pas balbutiants, c'est d'épargner le plus possible les ennemis, et plutôt de leur asséner de monstrueuses baffes histoire de les ridiculiser. Il faut reconnaître que les voir assommer des cow-boys patibulaires après une scène super longue qui parodie les excès spaghettis fait plaisir, et démystifie complètement l'image des bandits de l'ouest. On aura l'occasion de contempler de la grosse baffasse tout à loisir dans le final du film, longue, très longue, trop longue scène de bagarre hystérique où une bonne centaine de gars s'envoient des torgnoles à tour de bras. Bon, sinon ? eh ben pas grand chose. Des personnages réduits à des ombres, une vision de la femme qui date de Mathusalem, un humour bon-enfant qui n'est pas loin d'un spectacle de marionnettes pour 10-12 ans, et pour envelopper tout ça une non-mise en scène assumée et hilare. L’insolence du film réside uniquement dans les tares du héros, fainéant, primaire et anti-clérical, et on aurait aimé voir les choses aller plus loin. Très vite on se rend compte que les deux héros sont invincibles, et on se désintéresse assez tôt des dangers qui guettent nos deux amis. Restent une musique bien entendu copiée éhontément à Morricone mais agréable, un ou deux personnages secondaires pas trop mal, un côté libératoire, et l’œil pétillant de Terence Hill. Mais le western vacille un peu trop sur ses bases pour le coup... et ce n'est que le début, vu le nombre invraisemblable de Trinita qui vont suivre.

