Un petit Carrousel de Fête (Körhinta) (1956) de Zoltán Fábri
On en finit pas de trouver des petits trésors de romantisme rural dans ces petits films de l'Est (on est en Hongrie cette fois) datant des années 50 ou 60. On est face ici à l'éternelle histoire du trio : une jeune femme paysanne, un prétendant mal dégrossi qui a des terres, un type aux yeux doucereux tout zen, elle aime celui-ci mais c'est celui-là qui demande sa main et qui l'obtient d'un père pour qui mariage rime avec terres en partage... On est tout déçu devant la mine défaite de la donzelle dans ce décor de ferme et de boue qui présage d'un avenir bien sombre... La roue peut-elle encore tourner ? Fábri, avec le même sens du mouvement qu'un Renoir filmant une jeune fille sur sa balançoire (on pourrait aisément faire un parallèle entre les plans de ce film et ceux d'Une partie de Campagne), filme notre petit couple de tourtereaux en souffrance lors de deux scènes virevoltantes : la première fois au manège, alors même que notre couple pense que leur avenir, forcément à deux, sera radieux, libre comme l'air qu'ils fendent sur ce manège ; la seconde fois lors d'une noce où la chtite est censée danser avec son promis... Le prétendant aux yeux doux se saisit de notre héroïne et n'en finit plus de la faire tourner sur cette piste de danse où il veut se donner en spectacle. Il la tient dans ses bras, elle s'accroche à lui, pourquoi faudrait-il donc qu'on leur enlève ce bonheur en suspension, je pose juste la question... Il leur faudra faire face à ce prétendant lourdaud, pas forcément courageux mais qui sait éventuellement manier la hache (ce qui n'est pas un élément à négliger), mais également face à ce père têtu, qui n'a pas l'habitude de revenir sur ses paroles, sur ses promesses et qui lui manie plutôt bien la scie... On sent toute la force de cette ronde qui unit les amoureux mais aussi tout le côté rustre, rustique, de cette société patriarcale où l'on ne peut aller contre la décision d'un père ou s'échapper des bras du type dans lesquels on vous a, sans consultation préalable, fourrée... Le ciel est gris, la campagne est triste à mourir mais l'on se dit jusqu'au bout qu'impossible n'est pas hongrois et que l'on peut, comme un bonne midinette du dimanche, croire encore malgré tout à un retournement de situation... Ou pas, oui, c'est vrai. Fábri parvient aussi bien à capter ce côté rugueux, vertical, paysan de ces hommes qui ne reviennent jamais sur leur décision mais aussi à nous donner notre petite part d'oubli, de liberté, de tourbillon de la vie en filmant ces scènes de liesse à la fête foraine ou lors de ce mariage où la danse devient une véritable démonstration de force d'un amour inaltérable. Pour indécrottables romantiques, un film où l'amour se gagne, ou se perd, en raison de convictions tranchantes comme un sabre.



