Zouzou de Marc Allégret - 1934
Aaaaaaaaaaaah les divertissements d'avant-guerre, où il importait de garder la banane face aux menaces du monde, et où la légèreté faisait figure de passage obligé au bonheur ! Quoi de mieux que la gueule de marlou de Jean Gabin et les pitreries exotiques de Joséphine Baker pour donner satisfaction au public (peu exigent) de l'époque ? C'est canaille, ça ne mange pas de pain, ça vous permet d'entreprendre la ginette que vous avez traînée au cinéma, c'est parfait pour un dimanche de pause après le turbin. Bon, Zouzou ne va effectivement guère plus loin que ça, on sent bien que toute l’équipe, du réalisateur aux acteurs, du décorateur au scénariste, ont travaillé au minimum syndical. Jeannot et sa Joséphine ont été élevés ensemble par un directeur de cirque, au point que la seconde nourrit en secret des sentiments pour le premier. Mais mais mais la vie s'en mêle puisque notre héros se retrouve ballotement accusé d'un meurtre qu'il n'a point commis. Joséphine se met en tête de l'innocenter, et en attendant se trouve engagée dans un music-hall parisien où elle va pouvoir faire rouler ses yeux à loisir (le gros truc de Joséphine Baker, ça, les yeux). Voilà. Oui, on est d'accord c'est pas cousu à la Saint-Laurent, mais on s'en fout un peu de l'histoire : il importe avant tout de rigoler comme des bossus devant les mimiques de l'une et de guincher au son des chansons de l'autre. La chanson qu'entonne Gabin en dansant avec sa gigolette est en effet impayable, tout en accent de Paris et en argot d'avant ; et Baker, dotée d'un joli brin de voix, mazette, quand elle braie "Pour moi, il n'y a qu'un homme dans Paris", nous sert son mythique croisement de jambes. Il faudra se contenter de ça. Aujourd'hui, on s'en contente moins, et on a encore faim au bout du métrage qui ne convainc par aucun autre côté que ce que les deux stars savent faire sans forcer. Allégret est aux abonnés absents, les numéros chantés sont trop rares pour qu'on puisse appeler ça une comédie musicale, le drame beaucoup trop léger pour qu'on tremble pour les personnages ; seuls les décors de Trauner valent le détour vers ce film, ils sont très impressionnants, surtout ceux des numéros de Baker au cabaret. Sinon, franchement, aucun intérêt.

