Time (2020) de Garrett Bradley
Y aurait-il un problème avec la communauté noire aux États-Unis ?... J'en doute, hein, mais tout de même, il faut reconnaître que ces derniers semblent toujours les premiers à morfler. Le concept de ce doc est quant à lui plutôt simple : il est question ici du combat d'une femme qui dut se battre pendant 20 ans (et élever ses six gosses alone) pour tenter de faire libérer son mari... Au départ, c'est vrai qu'ils commirent une petite boulette : pour pallier le manque de trésorerie dans leur boutique de fringues, ils décident d'attaquer une banque (chacun a sa façon de résoudre ses problèmes, je ne juge pas) ; elle conduit, il mène l'affaire avec son neveu, elle se prend douze ans de tôle, lui soixante. Soixante, me direz-vous, c'est une somme pour une erreur de "jeunesse"... Dès que la donzelle sort de prison (elle a dû avoir une remise de peine, enceinte jusqu'aux dents qu'elle est de jumeaux...), elle ne va avoir de cesse de se battre pour faire rejuger son mari - pour qu'il ait une chance de connaître ses propres enfants avant que ces derniers soient à la retraite... Un combat total et diaboliquement long dans cette Amérique où le black ne bénéficie guère pour le coup de bienveillance...
Des images entre le noir et blanc cradingue des premières vidéo et le noir et blanc sublimé des dernières années de combat, une trajectoire pour le moins modèle pour cette femme entièrement investie dans sa famille (les six gosses font des études brillantes), dans son taff et dans son combat (elle va de meeting en meeting pour galvaniser des gens de sa communauté ou des étudiants : quand on a une idée en tête il faut prier le seigneur et ne rien lâcher) et un final que l'on attend forcément bourré d'émotion (ou pas ? un retournement inattendu ? je dis rien, je spoile pas non plus l'intérêt (le seul ?) de la chose...). Alors oui, voilà un exemple moderne de pugnacité dans ce monde où certaines communautés semblent partir de plus loin que les autres ; oui, voilà un destin pour le moins exemplaire que celui de cette femme, pleinement consciente de sa légère incartade mais également pleinement persuadée que ce système judiciaire possède des œillères... Après, franchement, sur la forme, le montage est un peu brouillon (des allées et venues constantes entre le passé et le présent), le parcours des enfants n'est que très vaguement évoqué et, enfin, surtout, on a l'impression que le réalisateur dilue au maximum son footage et ses idées (les quinze mille coups de téléphone au juge) pour pouvoir faire monter le suspense sur soixante-dix minutes... dans l'attente, forcément, de cette "libération" dans tous les sens du terme ???!!! Mouais... Un combat sain, émouvant en soi, certes, mais dirons-nous aussi caustiquement un peu trop téléphoné et à la dramaturgie un peu lâche. Un temps, précieux, un peu perdu pour continuer de surfer sur les doubles sens...

