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2 novembre 2021

LIVRE : Enfant de Salaud de Sorj Chalandon - 2021

OIPSorj Chalandon, d'une plume toujours aussi alerte, nous conte le destin pour le moins troublant et troublé de son père sur fond de procès Barbie. Ce fameux procès de 1987 dont je me rappelle encore parfaitement les tenants et les aboutissants notamment grâce au film de Marcel Ophuls Hôtel Terminus (qui me marqua durablement en ces temps d'adolescences innocentes et molles) est en effet l'occasion pour le gars Sorj de confronter son père à son passé. Sorj est-il un simple enfant de salaud, autrement dit un fils de collabo, ou est-ce un peu plus complexe que cela... ? Alors même que Barbie réveille de vieux démons alors que le vieux démon lui-même fait figure de pauvre vieillard amnésique et que le défenseur de Barbie, Vergès, toujours sur la brèche, tente de démontrer que les vaincus ont toujours tort, Sorj met la main sur des documents relatifs à son père qui le font pour le moins frissonner : fut-il un pur collabo, un pauvre arriviste, un espion, un agent double, un simple prisonnier, une figure héroïque, un résistant de l'ombre ?..., on sent que les zones d'ombre concernant son père sont nombreuses et que ce dernier n'a eu de cesse de brouiller les pistes. Fut-il un sombre con, un pur produit de son temps (vaguant d'un bord à l'autre en tentant de tirer son épingle du jeu) ou un peu tout cela à la fois ? Sans aucun manichéisme, on remonte le fil de ce personnage qui montre que le passé n'est jamais facilement divisible entre parti des bons et des bons méchants - ce qui reste définitivement plus facile à faire a posteriori. Il y a dans ce père aux mille visages quelque chose de modianesque en particulier en ce qui concerne le flou de ses intentions. Sorj tente de s'approcher de cet être de façon concentrique, en s'approchant de plus en plus de sa cible, en tentant même de mettre ce père face à ses contradictions, ses histoires, ses légendes inventées ; mais plus on approche en apparence de la "vérité brute", plus on flirte avec la folie - à l'image finalement de cette époque follement bouleversée et bouleversante. Le récit d'un temps aux allures de trou noir de la conscience et de la morale à travers l'image d'un père bêtement pris par les remous de l'histoire. Captivant.   (Shang - 24/10/21)


Mouais mouais mouais. Encore une fois un peu gêné de voir la littérature servir de psychothérapie à des auteurs un peu en panne de sujet. On comprend le désarroi de Chalandon quand il découvre que son père est un triste bonhomme, et non pas le héros de la Résistance qu'il a toujours prétendu être. Tout ce qu'il écrit sur le sujet est juste, documenté un minimum (le gars, quand même, fait une enquête qui survole un peu son sujet), parfaitement désolant pour le gars. Oui, mais était-il bien nécessaire de transformer ce désarroi en bouquin ? Surtout si c'est pour le faire dans un "style" aussi bâclé, aussi transparent, aussi petit bras ? On sent le bougre très près d'avoir touché au grand sujet : révéler que son père était un nazi engagé aux SS. Mais en fin de compte, la découverte fait pschiiit. Non, Chalandon senior n'avait pas l'envergure d'un vrai salaud ; il n'est qu'un mythomane, un lâche qui, pendant la guerre, a sauvé sa peau par tous les moyens, même les plus vils, n'hésitant pas à endosser l'uniforme allemand autant qu'américain ou français, luttant contre une idéologie qu'il adopte quelques mois plus tard, un vrai petit collabo de base, quoi, pas dangereux mais détestable. Et après la guerre, sûrement harcelé par sa culpabilité, il se fait passer pour un héros aux faits d'armes exemplaires. Mais ce triste gars, minable et pathétique, n'a pas l'envergure d'un personnage de roman, en tout cas pas de celui que vise de toute évidence son fils. Lui aurait bien aimé tenir son Lucien Lacombe, faire le procès de la France collabo par l'intermédiaire de son père, atteindre à la grandeur et au Destin Français. Ben oui, mais non. Devant ce personnage de peu de poids, il se voit contraint de virer de bord, préférant à tout prendre raconter le procès de Barbie (ces pages-là sont plus intéressantes, bien qu'écrites dans un style franchement éculé, accumulant les clichés sur la déportation comme d'autres enfilent des perles), ou tirant à la ligne pour rendre dramatiques des dialogues plats comme des soles. Le tout dans une écriture fonctionnelle et sans âme. Un roman pour rien, qui devrait faire 12 pages et en fait 350, il faut bien que les écrivains installés pondent leurs copies à intervalles réguliers pour exister.   (Gols - 02/11/21)

Commentaires
C
D'accord avec vous, Gols, sur bien des points. Le problème c'est l'enjeu littéraire : il ne s'agit pas de veracité, de vraisemblance, mais d'intrication entre le sujet fictif et le support stylistique. Certains y réussissent très bien, d'autres, à défaut d'une grande qualité d'écriture, parviennent à perturber les certitudes. Pardon d'être un peu abstrait, mais je viens de relire, sur une thématique proche, "Les lauriers du Lac de Constance" (1974) de Marie Chaix et "L'intranquille" (2009) de Gérard Garouste que je trouve, chacun à sa façon un peu plus relevés. Je pourrai y ajouter "Le jour où mon père s'est tu" de Virginie Linhart.
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S
Je vois bien ce que tu veux dire, hein, nous ne sommes pas dupe, mais c'est justement ce côté "sans envergure", cette trajectoire borgnole du père, qui, je trouve (au-delà du titre pour le coup un peu racoleur), donne tous le sel au bouquin - et encore plus avec, en arrière fond, le procès Barbie et les témoignages (quand ils ont encore la force d'en parler...) des personnes torturées. Quant au style, c'est pas Céline, mais il y a un certain allant, je trouve, chez Sorj, une certaine fluidité, même, des dialogues - sans délire, hein... pas forcément non plus favori pour demain, bouif.
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S
Pas d'accord, du tout ; tu prètes à Chalandon junior des intentions, des envies, des désirs qui ne sont pas les sien(ne)s ; ce qu'il y a d'intéressant ici, justement, loin de tout manichéisme facile (et ce qui justifie le nombre de pages), c'est de montrer qu'il n'y a pas que des salauds finis (Barbie) ou des résistants grandioses ; il y a toute cette partie floue de la population dont fit justement partie son père qu'il est si facile, par rapport à certains choix qu'il fit, de juger a posteriori - les vaincus ont toujours tort, forcément. Ce type, opportuniste à loisir, est assez révélateur de cette époque que l'on aime tant simplifier aujourd'hui. Une chronique à la serpe qui taille en bloc quand seules les nuances importent (et les témoignages au procès de Barbie n'ont également rien à mes yeux de simples clichés...)
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