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14 septembre 2021

Suzanna Andler (2021) de Benoît Jacquot

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Une fois n'est pas coutume mais disons qu'au lieu de partir du scénario, vous savez, de ces deux trois phrases qui permettent de donner une petite tonalité sur l'histoire qui nous est contée, nous déciderons cette fois-ci d'évoquer l'objet central de notre attention et de notre désir : Charlotte Gainsbourg ; on la connaît par cœur, on a grandi ensemble (si, si), on l'a vue et revue tout au long de sa filmo mais avouons que là, définitivement, elle nous cueille... Jouant sans fard, les traits tirés, le regard hagard, la moue sèche, elle nous prend dès les trois premières secondes dans les rets de ce personnage insaisissable, sur le fil, qu'elle campe. Quoi qu'elle dise, quoi qu'elle fasse, quelle que soit la façon dont elle se meut, tout semble diablement juste, au diapason du personnage crée dirait-on sur mesure par Duras. Louons Jacquot, en tant que metteur en scène, pour lui avoir donner l'opportunité de jouer cette partition et pour cette façon amoureuse (que la caméra la fixe, fasse soudainement le point sur elle ou lui tourne autour) de la filmer.

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Alors oui sinon, il y a bien une histoire, digne d'un vaudeville comme il se disait à l'époque (une femme, son mari, son amant), mais tellement jouée sur la brèche, toute en nuances, qu'elle prend en quelque sorte une dimension autre. Soit donc une femme, Charlotte-Suzanna, liée à son mari qui la trompe depuis des années, femme courage depuis des siècles, qui semble vouloir "se permettre" enfin d'avoir une liaison ; pour voler de ses propres ailes, pour retrouver le goût de vivre, par lassitude, par envie ?... On ne sait... On ne sait d'ailleurs à peine si ce qui se passe dans cette immense maison de bord de mer (elle voudrait la louer pour l'été à venir) n'est pas une pure projection de son esprit (après la visite qu'elle a effectué avec l'agent immobilier, elle s'endort et se réveille avec l'arrivée de son amant - le doute est permis...). Le fait est (l'histoire est simple) que Charlotte fait face à cet homme, qui doute de son amour, et qu'elle attend un coup de fil son mari. Ses relations troubles avec ses deux hommes ne seront interrompues que par la visite d'une amie, une visite lui permettant de faire le point sur le comportement de son mari et sa relation avec son amant (elle pourrait là aussi, sur ces sujets-ci, avoir une discussion imaginaire avec elle-même - les deux femmes sont d'ailleurs filmées dans un champs/contre-champs qui donne une étrange impression de symétrie, de miroir). Alors oui, certes, on reste un peu dans ce registre français un brin crispant de ces "je l'ai aimé, je ne sais plus si je l'aime, je t'aime toi, ou pas, ou peut-être..." qui nous fait serrer des fesses plus souvent qu'à notre tour. La mine de Charlotte est constamment défaite, on ne sait, elle ne semble elle-même ne plus trop savoir, si elle a envie de se permettre cet amour, cette nouvelle liaison ; elle est sur la brèche de bout en bout et l'on aimerait parfois que tout d'un coup, elle prenne bordel une décision franche, une bonne fois pour toute - ces demi-mots, ces doutes, fi !... D'autant que la bougresse est prise à de multiples reprise en plein délire, en pleine invention, en pleine mythomanie, juste pour le plaisir : la Charlotte ment comme une arracheuse de dent : pour se réinventer, pour se déraciner (...), pour rompre avec la réalité pour mieux se lancer dans une autre vie ? Le doute persiste. On demeure sur cette corde raide, s'accrochant encore et toujours à une seule chose : ce jeu d'équilibriste de C.G. qui nous fait toucher du doigt le trouble éternel des sentiments amoureux. Une atmosphère un peu plombante au final mais une actrice en état de grâce qui donne de l'épaisseur à chacun de ses mots, qui rend tangible chacun ses états d'âme. C. for ever ever. 

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