Du Sang pour Dracula (Sangue per Dracula) (1974) de Paul Morrissey
Un petit film de vampire sous influence warholienne, cela peut toujours permettre de changer d'air... Alors oui, c'est un peu toujours la même ritournelle dans ce genre d'histoire (et il d'ailleurs étonnant que Polanski n'ait pas eu envie de... euh, non, rien) : on nous conte (dracula) jamais autre chose que l'attraction d'un type vieillissant pour de la chair fraîche - pas la peine d'aller chercher midi à quatorze heures au niveau d'un quelconque symbolisme... Alors oui, il faut bien avouer que Dracula (Udo Kier, au cassis - rouge sang) est ici bien malade ; ces crises de delirium tremens sont pour le coup assez spectaculaires. Comme il est clair que ce n'est pas en Roumanie qu'il semble encore possible de trouver des vierges (ce n'est pas moi qui le dis), son fidèle servant a la bonne idée de partir en Italie (où l'on sait, grâce à la foi catholique de ces belles familles, que les filles restent pures avant le mariage) : ni une ni deux, c'est bien quatre vierges potentielles qui s'offrent à notre conte qui a tôt fait d'être introduit dans cette noble famille désargentée que sont les Di Fiore. Un père (Vittorio de Sica, mazette et un accent anglais au couteau, pour ne pas dire à la hache) bien naïf, une mère opportuniste (le conte Drac est vieux et riche, l'héritage s'annonce bien) et quatre filles... pas si pures : normal, le serviteur de ses dames n'est autre que Joe Dallessandro et l'on sait parfaitement que quel que soit les films où il joue, il se tape le casting féminin. Deux jeunes filles, en particulier, ont pris la mauvaise habitude de coucher avec lui, ce qui risque forcément de donner des maux d'estomac à notre Dracula à la santé déclinante... Du sang, tout de même il y aura ? Oui, même des seaux d'hémoglobine : morsures, dépucelage, coupage de membres (un final montypythonesque, pour le moins), le globule rouge sera à l'honneur de ce film de vampire blanc comme un linge, sous perfusion presque...
Une histoire rouge-sang classique, alors ? Oui si l'on veut, et l'on peut d'ailleurs en rajouter une couche au passage : Dallesandro, mesdames messieurs, est un rouge, un vrai, un pur, et il n'aura de cesse de revenir sur le déclin de l'aristocratie (exsangue, sans sous, sans morale, déclinante...), des aristos qu'il serait grand temps de renverser. C'est un peu le Joe, quand on y songe, qui mène véritablement le bal : il est le seul à venir combler ses jeunes filles en fleur qui ne ne demandent qu'à être butinées, le seul à être lucide sur les curieuses occupations de ce comte (tout le monde est un peu lent au démarrage : un type qui se balade avec un cercueil, en quête de vierges, dont le régime exclu viande et ail, qui ne supporte guère la lumière et les crucifix, qui se nomme Dracula... Ce serait pas... ? Nan, je vois pas... - cela en devient bien sûr gentiment absurde), et enfin le seul à passer, le moment venu, dans l'urgence, à l'action (pour dépuceler la petite dernière (pour la protéger de Dracula, of course) ou pour venir proprement annihiler ce type louche (Bas les pattes, Drac !). Alors tout cela se joue sur un rythme assez nonchalant assez étrange, place est faite aux longues discussions un peu oiseuses comme si tout le monde prenait le temps de sauver les apparences... On est bien malgré tout dans un film de sexe (très sage et doucettement érotique) de sang (quand Kier regimbe, c'est un peu comme s'il vomissait les apéros d'une vie - ça gicle, diable) et de pouvoir : seulement voilà, on l'a dit, de Drac aux nobles, les temps changent et leur suprématie, leur domination est en bout de piste... On regarde cette petite chose d'un œil un peu distrait, Morrissey (entre deux bains de sang maladifs) semblant tout du long plus jouer la carte du dandysme cool que du film d'horreur cru. Du désir, du déshabillé, de la morsure mais une œuvre (avec un petit fond politique presque rigolo) qui déroule ses plans un peu trop poliment et sagement pour véritablement piquer notre enthousiasme. (Shang - 02/09/21)
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Hommage admiratif au grand Udo Kier, qui a peuplé maints de mes cauchemars depuis que j'ai vu The KIngdom de Lars von Trier. Il fut un temps où il était plus beau, en atteste ce film complètement libéré et très marxiste de l'écurie Warhol. En tout cas plus romantique, d'un romantisme suranné qui va se retourner sur le pauvre Comte Dracula qu'il interprète avec beaucoup de profondeur : le bougre part en Italie pour tenter de trouver du sang de vierge, étant entendu que le catholicisme pratiqué dans ce pays, qui interdit aux filles de forniquer avant le mariage, devrait lui procurer le précieux nectar. Sitôt arrivé pourtant, la religion ne cesse de le tourmenter : il décroche les crucifix des murs, il est séparé de son cercueil-lit par les convenances, et surtout il tombe sur un os : les temps ont changé, et ces jeunes filles sont plus libérées qu'avant. Elles s'envoient en l'air sans scrupule avec le vigoureux et viril palefrenier (le toujours troublant Joe Dalessandro). Celles qui ont échappé à sa puissance sexuelle, il les convainc : si Dracula veut des vierges, il importe de se déniaiser le plus vite possible, et pourquoi pas avec lui ? Ce brave paysan est d'autre part investi d'opinions politiques de gauche, et son combat contre le vampire est surtout chargé d'une haine contre l'injustice et l'argent. Son action, aussi bien violente contre Dracula que sexuelle envers les filles de la maison qu'il déflore avec enthousiasme, est surtout guidée par ces idées, et le film devient assez frontalement politique : l'ancien monde, scrofuleux et morbide, contre le nouveau, libéré et hédoniste. La lutte des deux hommes est également très sexuelle, puisque chacun d'eux cherche à dominer les femmes, l'un avec sa teub l'autre avec ses dents.
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Morrissey met brillamment à jour les thématiques du mythe de Dracula, en servant un film décomplexé et débridé, qui mélange des genres impurs avec une belle santé. Erotisme soft, horreur et gore, pamphlet politique, le tout dans une ambiance qui n'est pas sans évoquer le Cocteau de La Belle et la Bête et dans une ambiance très libertaire propre à l'époque : on est dans un des sommets des films-bis, qui pratiquent un goût pour le mauvais goût tout en revendiquant un aspect queer très provocateur : Udo Kier est génial d’ambiguïté sexuelle, beau comme un dieu maléfique sous sa chevelure noire, son teint blafard, son aspect gothique et ambivalent. Cette énième provocation montre bien que Morrisey a décidé de s'en prendre frontalement au monde bourgeois et convenu, qu'il dézingue avec enthousiasme : cette famille est complètement éclatée, entre les filles qui couchent ensemble, le palefrenier qui les chevauche sans vergogne, leur cupidité (génial Vittorio de Sica, au passage, dans un petit rôle chaplinesque), leurs malversations cachées, leur insensibilité. Un objet filmique en tout cas passionnant. (Gols - 27/11/25)
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