La Femme de Paille (Woman of Straw) (1964) de Basil Dearden
Un nouvel hommage au gars Sean Connery ? Eh bien, allez, il le mérite, avec ce petit film surprise découvert en pillant la filmo de Basil Dearden (nous sommes des jusqu'au-boutistes, que voulez-vous...). Une histoire, pourtant, sur le papier, un peu banale et glauque : Gina Lollobrigida (as Mrs Marcello, bonjour les clichés) est employée comme infirmière particulière auprès de l'ignoble Ralph Richardson (très crédible sur sa chaise roulante) ; homme de pouvoir, il maltraite les domestiques et n'a que peu de considération pour son neveu. Ce dernier, Sean, ne dit rien mais n'en pense pas moins : il tente de convaincre la Gina avec laquelle il flirte plus qu'ouvertement de se rapprocher du vieux bougon pour se marier avec lui ; elle héritera ainsi de sa fortune et pourra en filer une partie à Sean - lui qui ne doit pour l'heure, d'après le testament, n'en obtenir qu'une partie congrue. Gina tergiverse puis finit par dire oui, convaincue qu'elle est (histoire aussi de se donner bonne conscience) d'avoir une influence positive sur le vieux barbon... Tout fonctionne comme sur des roulettes, c'est même un peu trop bien huilé - elle se marie, on sent que le vieux ne va pas faire de vieux os, et Gina et Sean devraient pouvoir s'attendre à un avenir radieux plein de sous... Jusqu'à ce qu'il y ait un hic, forcément... Un hic sévère où chacun tentera de façon plus ou moins fourbe de tirer son épingle du jeu. Les amateurs de twists chafouins en auront pour leur argent...
Alors oui, c'est vrai, que cela commence de façon un peu plan-plan : une grande demeure, du Beethoven qui envahit le château à plein tube, un châtelain autoritaire, des serveurs blacks réduits à la condition d'esclave, une Gina en nurse soubrette et un Sean, le sourire en coin, dragueur en diable. On se dit que Dearden joue un peu trop sur de la moquette... Et puis il y aura une petite sortie en yacht, pour le moins agitée, avec une Gina, certes sensuelle à point, mais au caractère de plus en plus assuré. Elle semble, seule donzelle dans les parages, pouvoir parvenir à remettre le vieux dans le droit chemin tout en profitant au passage des caresses de cet intéressé de Sean. Une femme à la baguette dans ce monde de mâles qui pensaient pouvoir se servir des autres. La tension monte entre Gina et le vioque et c'est lui qui craque en premier : elle aura droit à un mariage à paillettes et on retrouvera un Sean dans un costume blanc à la James B. qui lui sied fort bien ; tout va bien en apparence, même si on sent que les protagonistes de l'histoire n'ont pas encore expurgé tout leur venin. On sent venir petit à petit une mort subite (et mort il y aura), une mort mystérieuse qui sera suivie de diverses manipulations en haute sphère. Le film prend peu à peu du piquant et on prend plaisir à voir évoluer ce trio avec ses qualités et ses faiblesses : une Gina confiante mais sans doute encore un peu trop naïve, un vieux con à poigne mais sans doute pas encore assez méfiant et un Sean calculateur mais sans doute un peu trop imbu de lui-même. Ce petit polar prend son temps pour faire monter la sauce dans des décors pour le moins agréables et sait tout autant étirer ce dénouement au maximum pour que chacun reçoive sa dose de fiel. Un Dearden tardif qui garde du brio.



