Voyage à Yoshino (Vision) de Naomi Kawase - 2018
Ah ce Kawase-là nous avait échappé. Je croirai désormais aux actes manqués. La dame a tendance à se perdre méchamment depuis plusieurs films soit dans le mièvre, soit dans l'ésotérisme à deux balles : c'est dans cette dernière catégorie qu'il faut placer Vision, interminable pensum mystique à tentacules écolo-vegan, qui pourrait bien être ce qu'elle a fait de moins bon dans sa carrière. Kawase marche vraiment dans les pas de Terrence Malick dans ce qu'il peut proposer de plus bête et de plus allumé, et si elle n'atteint pas encore les sommets haré-krishnaïques de son modèle, elle s'en rapproche quand même dangereusement. Cette pauvre Binoche prend l'avion pour se rendre dans la forêt de Yoshino, à la recherche d'une plante mystérieuse qui pousse tous les 997 ans et qui aurait le pouvoir de guérir toute la douleur du monde (non mais restez, vous allez voir). Elle y fait la connaissance d'un ermite (Masatoshi Nagase, dans le même rôle que d'habitude) dont elle tombe bien sûr raide dingue, d'où une scène de sexe torride à se taper sur les cuisses mais bon. L'arrivée d'un jeune homme opaque dans ce couple vaporeux va tout révolutionner, et la recherche du Graal végétal va virer au gros délire panthéiste, avec force plans mirifiques sur les arbres, musique céleste et danses tribales à faire rougir Zaz. Finalement, la douleur du monde sera toujours là puisque j'ai rendez-vous chez le dentiste, mais notre actrice en ressortira changée à jamais, baptisée qu'elle fut par le feu et la nature édénique. Amen.
Kawase, on le sent, a pris trop de doses de LSD et se pique de nous offrir une image mystique de la forêt ; si elle avait réussi le coup génialement avec celle de Mogari, elle se vautre dans l'imagerie ésotérique la plus ringarde avec celle de Yoshino. Sur une sorte de faux rythme lentissime, mais qu'on l'imagine bien appeler solennel, elle empile les plans trop chouettoss pris depuis son drone pour montrer les mille couleurs chamarrées de l'automne sur les arbres ou en très gros plans pour évoquer la minéralité moite des troncs, ce genre de truc. C'est beau, ça oui, mais comme un reportage de Géo : vide et bête également ; c'est poétique, admettons, mais comme les plus belles pages de Paolo Coelho ; c'est sentimental, aucun doute, mais d'une crétinerie animiste ringarde à mort. Les acteurs, perdus dans ces images trop clinquantes, très cinéma des années 80 finalement, ne jouent rien, et on surprend même Binoche retomber dans les travers de son jeu de jeunesse, poses pour la galerie et petites mines mimi pour exprimer son désarroi ou son étonnement ("-Qu'est-ce que tu as fait ? / - Je suis allé chercher des champignons. / - DES CHAMPIGNOOOONNNNNS ????!!!???!!!", sourcils jusqu'aux cheveux, voix qui vrille dans les aigus et bras qui lui en tombent). Ça se voudrait métaphysique et profond, c'est juste mortellement ennuyeux et creux, et le film parvient à être à la fois sur-signifiant et non-signifiant. Bref, voilà le film le plus lourd qui se puisse concevoir, et qu'il soit signé par celle qui a fait Shara et Still the Water me laisse pantois et désolé.


