Le Bateau qui mourut de Honte (The Ship that died of Shame) (1955) de Basil Dearden
On continue notre petit cycle Dearden avec cette œuvre au titre plus ou moins énigmatique mais qui tient finalement toutes ses promesses en terme de mystère : après le bateau-fantôme, aurait-on affaire à un bateau qui agirait en toute conscience ? Hum, hum... Le film s'ouvre en pleine guerre alors qu'un trio de potes (Richard Attenborough, George Baker et Bill Owen) aidés par le reste de l'équipage enchaîne les missions périlleuses avec succès : explosion de mines, de réserves d'essence, de bateaux ou d'avions ennemis, leur rafiot est sur tous les fronts et décime l'adversaire. George file, lorsqu'il est à terre, le parfait amour avec sa donzelle... qu'il retrouve un jour sous les gravats, dans sa cuisine - une bombe est tombé pas loin. Une tragédie qui pousse George à se refugier encore plus dans son taff... Fin de la guerre, George et Bill retrouvent le malin Richard qui leur offre sur un plateau un boulot : remettre en route leur fameux navire et mettre en place de petits trafics de côte-à-côte. George serre un peu des fesses mais enquille les missions et l'argent... Seulement voila, Richard semble pousser le bouchon toujours le plus loin en terme de "trafic" - notamment des armes et j'en passe, et des bien pires... Rien ne semble pouvoir l'arrêter si ce n'est George dont les relations avec Richard sont de plus en plus tendues (et vu le dernier "colis" transporté, il y a de quoi être en rogne) et... le bateau lui-même de plus en plus capricieux quand il s'agit de transporter des marchandises illicites... Ce bateau, ciel, aurait-il une âme ?
Alors on ne va pas tergiverser : on aime ces atmosphères de quai embrumé, ces garages à peine éclairés dans lesquels se terrent des personnages louches ou encore cette mer déchainée dès lors que la cargaison transportée est suspecte... On aime ces ambiances humides et brumeuses qui donnent à l'œuvre une patine de mystère et de danger. On apprécie aussi ce sens de la camaraderie, du bon vieux de la temps de la guerre où il a fallu faire front à cet après-guerre où il faut continuer de se serrer les coudes. On sent bien que le gars Richard prend de plus en plus de risques, on sent bien que sa bonne conscience est proche du niveau de la mer, mais ses deux acolytes en charge des machines continuent de taffer sans trop se plaindre... Jusqu'à une certaine limite... Mais cette limite, et c'est là le petit plus de cette œuvre, le bateau l'avait atteinte bien avant eux et les avait mis en garde : si vous continuez les conneries, je vous préviens que je ne me porterai point caution. Face à ses hommes qui hésitent, qui s'enfoncent dans leur médiocrité, le bateau prend peu à peu les choses en main - comme s'il était le dernier, dans cet après-guerre où tous les coups, tous les trafics sont permis, à avoir le sens de l'honneur. Richard ne cesse de le répéter à propos du bateau (what the devil...), il y a quelque chose de "diabolique" dans sa façon de se comporter... Mais les vrais diables, ce sont eux, puisqu'ils permettent à des êtres encore plus diaboliques de prendre la poudre d'escampette. Ce petit côté surnaturel du bateau, comme garant de la conscience, est véritablement la plus-value de ce film ajoutant une dose de trouble à ces temps troublés. Le bateau reste digne et respectable jusqu'au bout, imposant, avec son bois et sa ferraille, une petite morale plutôt bienvenue à cet équipage en perdition (l'amitié, la valeur de référence, se délitant elle-même en route)... Une belle histoire de navire dont Basil n'a pas à rougir. O mon bateauuuuohoh...





