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9 février 2021

J'étais un Prisonnier (The Captive Heart) (1946) de Basil Dearden

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Dearden, décidément à l'aise dans tous les genres, s'attaque dans l'après-guerre... au film de guerre : la vie, dans les camps, de prisonniers anglais entre 1940 et 1945. L'accent n'est pas franchement mis sur la dureté de survivre de ces camps en tant que telle : nos hommes sont certes étroitement surveillés, n'ont pas franchement d'opportunité pour creuser des tunnels, mais la vie est loin d'être totalement insoutenable "matériellement" - lettres des proches, colis de la Croix Rouge, capacité à s'occuper de leur propre petit jardin. Bref, ils s'occupent, ne sont pas oppressés physiquement mais souffrent moralement : quand cette putain de guerre finira-t-elle, quand pourront-ils revoir leur proche ? L'histoire se concentre sur une poignée de personnages dont on suit l'évolution pré-pendant-après guerre. Parmi eux, il y a Michael Redgrave dont l'histoire est particulièrement hallucinante : prisonnier tchèque en camp de concentration, il est parvenu à s'échapper, à prendre les papiers d'un soldat anglais mort et se retrouve aux côtés de ce contingent anglais ; parlant couramment allemand, il est vite soupçonné d'être un espion avant de lâcher son récit aux prisonniers... Pour ne pas paraître trop suspicieux auprès des Boches, il écrit à sa prétendue compagne, celle de sa fausse identité - Le retour du retour de Martin Guerre ? En plus romantico-finaud, attention ! Il est aussi question, en parallèle, d'autres prisonniers : un type rendu aveugle au combat qui veut rompre avec sa fiancée pour la libérer, un jeune marié qui, suite à une lettre calomnieuse, doute de la fidélité de sa femme, ou encore un jeune père dont la femme meurt en accouchant. Si l'essentiel du récit se concentre sur la vie dans les camps, on attend forcément impatiemment les cinq dernières minutes pour voir ce que le destin réserve à ces prisonniers qui ont mis pendant cinq ans leur vie entre parenthèses.

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Dearden nous livre donc ce portrait à chaud des camps, sans forcer le trait (...) sur les conditions de vie des prisonniers : ce qui l'intéresse c'est l'humain, la dignité de ces hommes et leur solidarité ; ils vont notamment tout faire pour que ce transfuge tchèque puisse sortir de ce camp alors même que la menace du type de la Gestapo pèse de plus en plus sur lui - cela donnera lieu à la petite scène d'action du film - rien d'extraordinaire en soi mais au suspense parfaitement mené : juste trois hommes risquant leur vie, une nuit, pour falsifier un document officiel. On voit bien que ce n'est pas tant les rebondissements qui intéressent ici Basil mais plutôt la façon dont chacun de ces hommes doit faire face au "poids" de ce passé : continuer de vivre en pensant qu'on est un boulet, continuer d'aimer quand on se pense tromper, continuer d'y croire quand on a perdu l'essentiel, voire faire semblant d'y croire et tout faire reposer sur des mots plutôt que sur des faits ; c'est sans aucun doute la correspondance entre Redgrave et sa "femme" qui intrigue le plus : le fantasme de cette séparation (ils s'étaient quittés en de mauvais terme, mais ça, il ne le sait pas), de ces lettres romantico-poétiques (le mari ne savait pas très bien écrire mais cela il ne le sait pas non plus : quant à elle, elle pense qu'il a incroyablement changé...) et le mensonge sur lequel repose cette histoire - ce qui n'empêche pas les deux correspondants de croire à ce qu'ils écrivent et à ce qu'ils reçoivent ; la fin de la guerre signifiera forcément l'éclatement de cette "bulle" privilégiée (on ne s'engueule pas quand on est séparés...), pour le meilleur et pour le pire - thématique que l'on peut décliner aux autres prisonniers, chacun devant faire face à une vie sentimentale bouleversée. C'est finalement dans ces destins intimes que réside tout l'intérêt de cette œuvre alors même que la guerre bat son plein obligeant chacun de ses prisonniers à prendre son mal (ou son bien...) en patience. Pas d'esbroufes ni de plaintes exacerbées sur cette époque et les conditions de vie, juste un récit à hauteur d'homme joliment mené. Du Basil sans hic comme d'hab.

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