True Mothers (Asa ga Kuru) (2021) de Naomi Kawase
Dernier film de Kawase dans lequel on retrouve toute la délicatesse de la réalisatrice, notamment lors de scène hautement mélodramatique dont elle parvient toujours à se sortir sur le fil, une véritable science de la mise en images de la nature, un vrai travail sur la bande-son (qui rappelle ses premières œuvres expérimentales sur ce sujet) ou encore un soin particulier apporté au montage nous permettant de changer d'angle de vue à chaque personnage qu'elle nous présente (ce qui est assez malin comme procédé). Dommage toutefois que le film tire un peu en longueur (deux trois intrigues parallèles pas forcément utile) et flirte parfois avec une légère tendance tire-larme (ah ça, dès qu'il y a des gamins en jeu, c'est la tarte à la crème). Mais revenons sur ce scénario sans en dévoiler trop : au départ un petit couple modèle, avec enfant. La première crise survient quand le gamin est accusé d'avoir poussé l'un de ses camarades à l'école, le blessant légèrement : le garçon nie, la mère refuse de s'excuser et premier flash-back... concernant l'adoption de cet enfant... Un procédé similaire aura lieu lorsque une femme se présentera chez ce couple comme la mère biologique de l'enfant... Flash back également sur cette personne pour tout connaître de sa vie pré et post enfant...
Le procédé peut sembler un peu systématique, voire presque mécanique, mais il se révèle particulièrement pertinent : alors même qu'on prend fait et cause pour les parents adoptifs qui ont su surmonter un long combat avant d'en arriver là, qu'on se braque devant cette prétendue mère biologique dont on ne sait trop les motivations (simple chantage ou réelle volonté de connaître ce gosse ?), à mesure que la vie d'icelle est dévoilée on comprend également toute sa "légitimité" et sa bonne foi. Kawase parvient, grâce à ce montage qui balance les différents points de vue, à nous faire comprendre toutes les motivations profondes des différents protagonistes et de ce point de vue-là, c'est assez bien fait. Le film, sur un plan purement mélodramatique disais-je, ne nous épargne point (la difficulté d'avoir un gosse, la décision d'adopter après des choix infructueux et traumatisants, la difficulté de se séparer de son gosse, la décision tardive de retrouver ses traces...) : oui, c'est exigent au niveau de l'émotion et plus souvent qu'à son tour on sent la petite larme poindre alors même pourtant qu'on avait vu venir le coup, les ravalant d'avance. Les acteurs sont parfaitement dirigés pour passer au travers de ces scènes casse-gueule et nous faire croire à leur réaction à fleur de peau ; Kawase malheureusement, étire au maximum ces scènes de tension (la première demi-heure avec cet incident qui fait pschitt) et rajoute de la tension et du malheur alors que la coupe était suffisamment pleine (les tensions dans la famille de la "fille-mère", les malfrats qui tentent de lui extorquer de l'argent... pfiou, doucement, il ne reste déjà plus que le sachet en plastique de nos 10 mouchoirs). A trop vouloir en faire dans la misère sociale, elle joue un peu trop facilement sur nos nerfs. Reste un film sur un sujet difficile, intelligemment monté et joliment résolu, à l'image de l'empathie qu'on finit par ressentir pour chacun des personnages. On regrette juste quelques petite facilité "fleur-bleue" (l'idylle de la gamine, le jeu avec le soleil...) et une certaine tendance à "marcher sur des œufs" qui laisse un peu l'impression d'un film sans coquille, sans grande aspérité. Trop de tact tue le tact, on le sait.



