Au Pays de la Peur (The Wild North) (1952) de Andrew Marton
Un bon vieux film d'aventures neigeux comme on les aime en effet, nos commentateurs fidèles ayant suggéré il y a quelques temps cette œuvre que j'avais remisée par devers moi. Il y a des jours où l'on rencontre dans un bar l'amour de sa vie (Cyd Charisse en chanteuse au sang indien fort séduisante) et sa plaie, sa tâche (un soûlot qui cherche des noises). Stewart Granger, notre héros aux tempes si blanches, tape dans l'œil de Cyd et frappe dans celui de ce bucheron ivre mort. Le lendemain, pas rancunier, il embarque les deux dans son canoë, bien décidé à retourner chez lui, là-haut dans les montagnes (il est trappeur) : il veut ramener la Cyd dans sa tribu (on y croit à peine tant les deux semblent faits l'un pour l'autre) et déposer le bucheron en route pour qu'il vaque à ses occupations... Seulement voilà, on voit bien que le bucheron est fourbe et il fera, ce sale con, les frais de ce voyage... Sa disparition, un problème ? Pas de problème, il semble l'avoir cherché... Seulement voilà, la police ne voit pas la chose du même œil : alors même que Stewart est reparti dans la brousse enneigée pour faire son taff, le Constable Pedley (Wendell Corey et son regard bleu stoïque) part à ses trousses, bien résolu à ramener le présumé coupable devant un tribunal. Un agent motivé, un trappeur expérimenté, la confrontation entre les deux hommes s'annonce musclée. Elle sera pleine d'aventures.
Marton n'a pas grand-chose à faire que de laisser défiler son scénario qui s'écoule tout seul dans ce paysage blanc et rugueux. Si le flic ne tarde pas à mettre la main sur Stewart, le ramener au poste s'annonce être une autre paire de manche alors même que cet hiver s'annonçait terrible. Pedley mène comme un prince ses chiens de traineau et Stewart, menotté, tout en petite foulée, à l'affût du moindre faux-pas, suit la cadence... Forcément, ce retour sera l'occasion pour les deux hommes, que tout oppose sur le papier mais taillés dans le même bois, de montrer aussi bien leur sens du devoir, leur opiniâtreté que leur courage, leur humanisme... Avalanche, bandits hirsutes, perte de repère, faim, piège à loups et loups eux-mêmes vont perturber leur retour qui ne s'annonçait déjà pas vraiment comme une promenade de santé. Pedley droit dans ses bottes, Stewart malin comme un singe sur ses raquettes, l'association va se révéler explosive, l'un contre l'autre, ou l'un avec l'autre face aux dangers : reste à savoir qui triomphera. Sans temps morts, avec deux caractères bien trempés et des aventures diverses, et en bonus un soupçon de charme (le ptit chat trop mignon ou les sourcils de Cyd qui craignent constamment pour son bonheur), ce petit western neigeux tient toutes ses promesses, laissant l'occasion pour le flic de se mettre véritablement, jusqu'au bout, dans la peau (...) de ce trappeur (une gageure mais une belle pirouette). Plaisant voyage, rappelant presque ces délicieux films d'aventures de son enfance dont on ne se rappelle jamais le titre (...) au Pays de la peur.





